Extrait de la préface de Snježana Banović :

 

 

Pourtant, même si la structure de la pièce est de cette manière complètement conforme à un style bigarré de l'auteur déjà perfectionné sans discours traditionnel et fondée sur une haute part de symbolique mythique et religieuse, elle s'occupe avant tout des secousses dans le mouvement ouvrier qui après la révolution d'octobre parcourt son « calvaire » et connaît son Golgotha. Ses conflits dramatiques sont bâtis sur la lutte entre deux groupes d'ouvriers. Le premier groupe est constitué des pro-communistes, les syndicalistes « rouges » (des ouvriers qui sous l'effet de la révolution d'octobre sont partisans d'un changement radical des rapports sociaux au prix du sacrifice des intérêts personnels – les plus importants sont ici Paul, et après sa mort André), et les « jaunes » constituent le deuxième groupe dont la victoire est en fait historiquement établie. Ce deuxième groupe est formé des ouvriers qui ne veulent que l'amélioration de leur situation matérielle sans aucun changement social et qui rejettent les méthodes de la lutte révolutionnaire se limitant à une politique de pressions pacifiques pour atteindre leurs propres intérêts. Le personnage le plus caractéristique est « l'agitateur ivrogne, petit, provincial » et traître Christian, et avec lui l'égoïste apeuré aux horizons intellectuels étroits Ksaver à travers lesquels Krleža expose des critiques acerbes contre les dirigeants d'alors de la social-démocratie. Ainsi, le conflit politique fondamental mais aussi dramatique dans Golgotha n'est pas le conflit entre deux classes, ouvrière et bourgeoise, mais un conflit qui résulte et se développe au sein même de la classe ouvrière et du mouvement ouvrier. En conséquence de quoi, dans cette pièce – à la différence du mythe du Golgotha – il n'y a pas de résurrection et il n'y a pas de vainqueur, la victime est vaine, et il y a personne qui serait le pendant du Christ et son Golgotha, bien que par une sorte de réssurection conformément aux données historiques, le plus proche en soit en fait Christian – un démagogue et un agent provocateur dont l'unique objectif est son propre gain. Il est en vérité « Judas » que les masses suivront en laissant en plan les véritables combattants. En insistant sur les analogies entre l'effervescence dans le mouvement ouvrier après la révolution d'octobre et le mythe de Golgotha, Krleža décide finalement de punir aussi Christian car il n'existe pas d'issue pour lui non plus : tout est défaite, souffrance, sang, horreur et râle mortel. De là dans cette pièce trois protagonistes, c'est-à-dire trois rapports différents, et aussi diffus envers la vie et la société que Lasić décrit de façon détaillée comme le Héros (Paul/André), le Lâche (Ksaver) et le Traître (Christian). Il n'y a pas en réalité d'espoir chez Krleža pour quelque quatrième philosophie de la vie à cet instant-là.