PETIT DICTIONNAIRE DU THÉÂTRE CROATE

De grands noms ont permis au théâtre croate de se développer.

Ces hommes et ces femmes méritent d'être davantage connus du public francophone.

Nikola Andrić, écrivain, philologue et traducteur (Vukovar, le 5.XII.1867 – Zagreb, le 7.IV.1942). Il a étudié les langues slaves et romanes à Vienne et Paris et obtenu son doctorat en 1897 à Vienne. À l'appel de Stjepan Miletić, il devient conseiller littéraire et dramaturge du théâtre zagrébois de 1894 à 1898, ensuite entre 1902 et 1907. En tant que dramaturge des spectacles aux côtés des metteurs en scène, il s'est tenu à une langue pure et à l'accentuation des mots en respectant les normes de grammaire et de diction, et pour les besoins du répertoire il a traduit une soixantaine de pièces de l'allemand, du français et du russe. Il est le premier directeur

du Théâtre national croate d'Osijek en 1907, et du Théâtre de Zagreb en 1920. Pendant des années, il écrit des chroniques et critiques dans le quotidien Narodne novine (journal officiel) et enseigné à l'École de théâtre. En 1913, il a lancé l'édition de la Zabavna Biblioteka (La Collection du loisir) et en a été son principal directeur jusqu'à sa mort. Il y a publié 600 titres, essentiellement des traductions de romans dont les contenus ont développé le goût et la connaissance littéraire. Ses œuvres dans le domaine du théâtre sont importantes, Spomen knjiga Hrvatskog zemaljskog kazališta (Mémorial du théâtre des pays croates), 1895, Izvori starih kajkavskih drama (Le Livres des sources des vieux drames kajkaviens), 1901, comme des œuvres dans d'autres domaines, Pod apsolutizmom (Sous l'absolutisme), 1906 et Branič jezika hrvatskoga (Le défenseur de la langue croate), 1911. 

Ljubo Babić, peintre, décorateur, créateur de costume, designer et historien de l'art (Jastrebarsko, 1890 – Zagreb, 1974). Il a étudié la peinture à Zagreb, Munich et à Paris (Académie de la Grande chaumière, 1913-14). Professeur et doyen à l'Académie des beaux-arts de Zagreb, académicien. C'est un créateur artistiques et un écrivain polyvalent. Krleža lui a dédié la pièce Michelangelo Buonarroti (1919). Le travail scénographique de Babić (1918-59) était exceptionnellement important pour le théâtre croate, particulièrement lors de sa collaboration avec B. Gavella dans la mise en scène des pièces de Krleža :

Golgotha, Vučjak, Michelangelo Buonarroti, Adam et Ève, Messieurs les Glembay, Léda. Son riche travail scénographique s'est achevé avec L'Arétée de Krleža (1959). À l'exposition internationale des arts décoratifs et industriels de Paris en 1925, il remporte le Grand Prix. En collaboration avec Krleža, qui avait le contrôle sur tous les travaux d'organisation, il a scénographié au palais de Chaillot à Paris en 1950 une exposition grandiose des arts médiévaux des peuples yougoslaves.

Josip Bach, comédien et metteur en scène (Gospić, 15.II.1874 – Zagreb, 6.VII.1935). Au cours de sa scolarité à l'École de théâtre croate, il a insisté obstinément auprès de S. Miletić pour la création de la pièce de Tucić Le Retour en 1898. Après avoir joué une centaine de rôles et un perfectionnement au Burgtheater en 1903, Bach se lance dans la mise en scène. Il installe le modernisme théâtral sur la scène zagréboise grâce à ses compétences et à l'étude constante de la littérature européenne. En 1908, il est devenu le directeur artistique, en 1920 le directeur du théâtre, et en 1931 de nouveau directeur artistique.

       Sa polémique est célèbre suite au refus de faire entrer au répertoire les pièces en un acte de Krleža Adam et Ève et Christophe Colomb, et à l'annulation d'Un Camp croate en Galicie une heure avant la première (concernant ce sujet, voir la préface de S. Banović in M. Krleža, Golgotha, Prozor-éditions, 2018). Sur l'insistance de Bach, Ivo Raić, le plus grand metteur en scène moderniste croate du théâtre et de l'opéra, est engagé au théâtre de Zagreb.

Milan Begović (19 janvier 1876 – 13 mai 1948) est né à Vrlika, une petite ville de l'arrière-pays dalmate. Il suit ses études au lycée de Split où il a Vladimir Nazor, grand poète croate, pour camarade. Diplômé à Vienne en philologie et slavistique en 1903, il devient professeur dans un lycée de Split.

       Il s'essaye au théâtre avec la pièce Myrrha en 1902. En 1908, il fait la connaissance d'Alfred Berger, le directeur du Deutsche Spielhaus à Hambourg et y devient deux ans plus tard metteur en scène et conseiller littéraire. De 1912 à 1915, il travaille comme metteur en scène au théâtre viennois Neue Wiener Bühne. Il est mobilisé de 1915 à 1919. À partir de 1920, il donne des cours à l'école d'arts dramatiques de Zagreb. En 1927, il occupe le poste de directeur artistique au Théâtre National Croate de Zagreb. En 1928, après la première de la pièce Le Diogène croate, écrite d'après le roman d'August Šenoa, il est muté sur un poste d'enseignant au lycée à cause d'allusions aux événements politiques en Yougoslavie. Il y reste jusqu'à sa retraite en 1932.

     En 1942, il dirige une Anthologie de la prose croate au xxe siècle. En 1945, il est condamné par le tribunal d'honneur de la Société des auteurs croates pour son activité publique sous le gouvernement oustacha de l'État Croate Indépendant (NDH – pro-nazi) à la perte de ses droits civiques et à une peine de silence littéraire forcé. Il meurt à Zagreb le 13 mai 1948.

     Grand connaisseur de la littérature européenne, Milan Begović a développé une intense activité littéraire dans les années 1920 et 1930. Ses plus grandes œuvres sont Un aventurier devant la porte (1926), L'homme de Dieu (1924), Sans le troisième (1931), Un yacht américain dans le port de Split (1930), le libreto pour l'opéra Ero le Jocker (1936) de Jakov Gotovac, et des romans dont Giga Barićeva (1940). Ses pièces ont été traduites et jouées dans de nombreux pays. Mais si Begović est avant tout un auteur dramatique, il est aussi à l'origine d'un opus littéraire aux genres variés comme peu d'écrivains dans la première moitié du xxe siècle à part Miroslav Krleža dont il est resté dans l'ombre jusqu'à la fin de sa vie. Redécouvert depuis les années 1970, il mérite assurément une place éminente dans l'histoire de la littérature croate moderne.

Julije Benešić, écrivain, traducteur, lexicographe (Ilok, 1.III.1883 – Zagreb, 19.XII.1957). Il est diplômé d'études slaves et romanes ainsi que de géographie à Cracovie en 1907. En tant qu'écrivain, il se présente dans différents genres : poésie, feuilleton, critique littéraire et théâtrale. Lors d'un séjour à Varsovie, il a fondé la collection Jugoslovianska, y publiant des traductions d'écrivains slovènes et serbes et des œuvres d'auteurs croates éminents (I. Gundulić, I. Vojnović, I. Mažuranić, I. Andrić, M. Krleža).

      L'une des activités les plus importantes de Benešić est liée à sa direction au Théâtre national croate de Zagreb, en 1921-1926 et 1939-1940. La première direction est considérée comme l'époque la plus féconde entre les deux guerres mondiales. Au répertoire se trouvent en particulier des œuvres des dramaturges contemporains, J. Kulundžić, M. Begović, M. Feldman, A. Cesarec, et même M. Krleža qui obtient finalement une reconnaissance théâtrale.

August Cesarec, écrivain, essayiste et révolutionnaire (Zagreb, 4.12.1893 – proximité de Zagreb, 17.7.1941). En tant que fils de menuisier, membre du Parti social-démocrate, Cesarec s'oriente vers le socialisme déjà dès ses années de jeunesse. Il fut arrêté plusieurs fois à cause de ses idées. Il séjourne à Paris en 1937 où il achève un ouvrage sur l'Espagne.

          Dès le début des activités des autorités oustachies, Cesarec a été incarcéré avec des dirigeants communistes dans le château de Kerestinec près de Zagreb, d'où il s'échappe dans une fuite collective la nuit du 13 au 14.7.1941. À cause d'une mauvaise organisation, ils sont presque tous découverts – ceux qui ne sont pas morts dans les combats contre les oustachis sont immédiatement fusillés. Il n'existe pas de données exactes sur sa mort, mais on suppose qu'il a pu se trouver dans le groupe que la Cour martiale itinérante a condamné à mort et fait fusiller les 17 et 18.7 dans les bois de Dotrščina. Avant son exécution, il a dispersé des feuilles de carnet sur lesquelles il avait écrit « August Cesarec, écrivain ». Son opus en prose et textes théâtraux à cette époque est déjà notable et, aux côtés de Krleža, Cesarec s'affirme comme un nom éminent de l'avant-garde révolutionnaire croate.

Le prix Déméter (1907-1945) est ainsi nommé en hommage à Dimitrija Demeter (Zagreb, 21.VII.1811 – Zagreb, 24.VI.1872), un des pionniers du théâtre croate, et a été attribué aux meilleures œuvres dramatiques créées sur la scène théâtrale croate. Miroslav Krleža a remporté ce prix 5 fois et Milan Begović 4 fois.

Držić, Marin (surnommé Vidra : la loutre), poète croate, dramaturge, auteur de textes politiques et comédien (Dubrovnik, 1508 - Venise, 2 mai 1567). Dans l'esprit de la tradition familiale, il était destiné à devenir prêtre. En tant que clerc, il fut administrateur de l'église de la Toussaint, surnommé Domino, à Dubrovnik et à Saint Pierre à Koločep. Dans sa jeunesse, il s'est intéressé à la musique, et en 1538, le Conseil des prieurs de la République de Dubrovnik l'a désigné comme organiste de la cathédrale Sainte Marie. Cette même année, il lui a été attribué un soutien de 30 ducats pour, du fait qu'il était déjà mature, qu'il aille étudier en Italie. L'année suivante, il était déjà à Sienne où il étudiait à l'université. En 1541, le sénat de cette ville toscane a décidé, et le Conseil général approuvé, d'élire Držić comme vice-recteur de l'université. Par un concours de circonstances pendant son mandat, il n'y eut pas de recteur et il a rempli aussi cette fonction. En

1542, la police siennoise a mené une enquête sur une représentation théâtrale dans la maison particulière de la famille noble des Gazzai. Il a été établi qu'à cet évènement théâtral interdit avait aussi participé le recteur Držić dans le rôle de l'amant. Les participants ont été sévèrement punis, mais les autorités ont été plus clémentes à l'égard de Držić, très vraisemblablement du fait de sa position sociale élevée. Il est rentré bientôt à Dubrovnik où il a rencontré le comte autrichien Christophe Rogendorf, un aventurier et agent secret au service du trône d'Espagne. Avec le comte, au cours d'un pélerinage prétendument en Terre Sainte, Držić a voyagé jusqu'à Vienne puis à Contantinople, mais à cause de certaines controverses politiques il est rentré en hâte à Dubrovnik où la police a enquêté sur ses relations avec le comte autrichien.

     En 1548, la compagnie Pomet a présenté devant le Palais du recteur la comédie Pomet dont le texte est aujourd'hui perdu. Dans cette pièce, le personnage de Dundo Maroje apparaît pour la première fois, mais aussi d'autres Ragusains qui sont devenus ensuite les personnages principaux de la plus célèbre comédie de Držić, Dundo Maroje. La même année et dans le même lieu, est aussi créée la pièce pastorale en vers Tirena. La représentation a été interrompue par un vent violent mais cela n'a pas empêché quelques contemporains envieux d'accuser Držić de présenter une œuvre qui n'était pas de lui. Držić s'est défendu seul contre cette accusation de plagiat, mais l'écrivain M. Vetranović l'a soutenu aussi dans ses Poésies en aide à Marin Držić. En 1550 est créée la comédie en vers La nouvelle du rocher dans un espace fermé au mariage de Martolica Hajdino et Anica Kabužić. En 1551 sont sortis sous presse les livres Tirena, comédie de Marin Držić, présentée à Dubrovnik en l'an 1543, dans laquelle interviennent un combat à la manière moresque et une danse à la manière pastorale et les Poésies de Marin Držić posées en même temps que beaucoup d'autres belles choses. La compagnie Pomet a présenté dans la salle du Conseil du recteur en 1551 la comédie en prose Dundo Maroje. La compagnie Gardzarija a joué en 1552 dans la filature de laine la comédie Pjerin dont ne sont conservées que des copies fragmentaires, et dont la source sont les Menaechmi de Plaute. Les deux années suivantes sont présentées sur scène la comédie Džuho Krpeta, elle aussi partiellement conservée, puis dans le Kotor la comédie en prose Mande. On ignore quand a été produit le morceau en prose Arkulin. La compagnie des Njarnjasi a créé d'après l'Aulularia de Plaute la comédie remaniée Skup dans laquelle sont présentés les malheurs avec un avare. C'est avec Dundo Maroje encore une des grandes pièces de Držić. Dans le Prologue de Skup, Držić a indiqué le retour à une pièce pastorale, et sa deuxième grande pastorale, Grižula, est créée en 1556 au mariage de Vlaho Sorkočević. Cette pastorale a annoncé la structure de la fameuse comédie de Shakespeare Le songe d'une nuit d'été. Les autorités en 1558, après une demande en règle, ont interdit la représentation de la tragédie Hécube sous le prétexte que son spectacle pourrait troubler la population. L'œuvre est présentée un an plus tard par les comédiens de la Compagnie Bidzar. C'est l'unique tragédie de Držić. En 1562, Držić a quitté Dubrovnik et s'est installé à Venise où il a obtenu le poste de chapelain de l'évêque de Venise. Pendant l'été 1566, Držić écrit à Florence des lettres de conspiration à Cosme de Médicis et son fils Francesco. Cinq lettres ont été conservées, mais il existe des indices que Držić en a écrit encore deux. Le slaviste français J. Dayre en a découvert quatre dans les Archives nationales de Florence en 1930, et en 2007 Lovro Kunčević encore une. Dans ces lettres, Držić se présente comme le premier grand critique de la politique réelle de sa ville natale. Un an après cette tentative de conjuration, Držić décède. Il est inhumé dans le caveau collectif de la basilique Saint Jean et Paul à Venise.

 

                                [Extrait de L'Encyclopédie croate de l'Institut lexicographique Miroslav Krleža, tome 3 (da-FO), Zagreb, 2001]

Andrija Fijan, acteur et metteur en scène (Zagreb, 4.IX.1851 – Zagreb, 26.IX.1911). Il a débuté en 1873 et en 1878 il devient sociétaire du Théâtre national croate de Zagreb. Ensuite il est metteur en scène et directeur artistique (1898-1907) puis à la tête de cette maison (1907-1909). En tant que comédien, il a joué 2500 fois, et il s'est affirmé comme interprète de W. Shakespeare (Roméo, Hamlet, Coriolan, le roi Lear), dans des rôles héroïques des répertoires classiques et romantiques (Agammemnon dans L'Orestie, Cyrano de Bergerac), dans les pièces de salons et les mélodrames (Bolingbroke dans Un verre d'eau d'E. Scribe), mais aussi dans des drames réalistes et naturalistes (Helmer et Stockmann dans Nora et L'Ennemi du peuple de H. Ibsen). Il a joué aussi dans les œuvres d'auteurs croates modernes (Équinoxe et La Trilogie de Dubrovnik d'I. Vojnović).

Maksimilijan Petrović Froman (Moscou, 1889 – Boston, 1968), soliste du théâtre Bolchoï entre 1907 et 1917 et du Ballet de Kiev en 1918. En tant que danseur de caractère à la grande technicité, il intègre à partir de 1919 la compagnie des Ballets russes de S. Diaghilev. Dès 1922, il entre au théâtre zagrébois où il se démarque dans la chorégraphie de sa sœur Margarita. Après 1945, il part pour les États-Unis où, tout comme sa sœur qui s'est jointe à lui, il se consacre à la pédagogie.

Margarita Petrovna Froman, ballerine, chorégraphe et metteuse en scène (Moscou, 1896 – Boston, 1970), diplômée de l'école du ballet du Conservatoire de Moscou, était soliste, étoile du Bolchoï, et quitta définitivement la Russie en 1918. Elle devient la soliste de la compagnie française Ballets russes de Serge de Diaghilev avec lequel elle tourne en Europe et aux États-Unis. En 1921, avec ses trois frères (deux danseurs et un scénographe), elle s'installe à Zagreb où elle devient une étoile, en plus de chorégraphe et metteuse en scène d'opéra ainsi que directrice du ballet.

Fran Galović, poète, prosateur et auteur dramatique (Peteranec, Koprivnica, 20.VII.1887 – Radenković, Serbie, 26.X.1914). Il a achevé ses études de slavistique et de philologie classique à Zagreb en 1913. Recruté au début de la Première guerre mondiale dans l'armée austro-hongroise, il périt sur le front serbe. Son cycle poétique Z mojih bregov (Poèmes de mes collines, publié dans Književna republika en 1925) est considéré comme le sommet de la poésie dialectale moderne. Les thèmes de ses drames varient : de l'amour et de la mort (Tamara), la conversion de la pécheresse (Maria Magdalena- Marie-Madeleine, 1912) et des événements historiques tragiques (Mors regni), la vie paysanne (Pred zoru – Derniers moments avant l'aube, Mati – La mère, 1908) et ouvrière (Sodoma - Sodome, 1911).

Branko Gavella (Zagreb 1885 – Zagreb 1962), docteur en philosophie de l'Université de Vienne (1908), commence ses multiples activités théâtrales comme critique (dans le quotidien zagrebois en langue allemande Agramer Tagblatt, 1910-1918) pour être incorporé au Théâtre national croate de Zagreb comme metteur en scène en 1918. Entre 1922 et 1926, il est directeur artistique de ce théâtre, fonction qu'il exerce aussi, à partir de 1926 au Théâtre national de Belgrade en même temps que metteur en scène. Il est licencié en 1929 par décision gouvernementale suite à la publication du récit de son voyage à Moscou où il a séjourné à l'invitation de Constantin Stanislavski.

Entre 1931 et 1939, il est metteur en scène de Zemské divadlo à Brno (Tchécoslovaquie), tout en faisant parallèlement des mises en scène dans les théâtres et opéras provinciaux yougoslaves (il monte aussi Sadko de Rimski-Korsakov à la Scala de Milan en 1938). Entre 1939 et 1943, il est réintégré comme metteur en scène au Théâtre national croate de Zagreb. A partir de 1944, il travaille dans les théâtres tchécoslovaques, puis en 1947, de retour en Yougoslavie devenue communiste, il est nommé metteur en scène au Théâtre national slovène et professeur au Conservatoire supérieur à Ljubljana. Il revient à Zagreb en 1950, comme metteur en scène au Théâtre national et professeur au Conservatoire supérieur, où il forme une pléiade d'acteurs et de metteurs en scène dont certains sont actifs encore aujourd'hui. En 1953, il quitte le Théâtre national croate avec une jeune génération d'acteurs pour créer le Théâtre dramatique zagrebois (qui porte aujourd'hui son nom). A partir de la même année, il commence à monter des spectacles au Festival d'été de Dubrovnik. Durant sa carrière, il a monté 279 spectacles (textes dramatiques et opéras), traduit 29 pièces de l'allemand, de l'anglais, du français et du tchèque au croate, tandis que la bibliographie de ses textes théoriques, sur le jeu, la mise en scène, l'histoire des théâtres croate et yougoslave et son conditionnement social, qui font autorité encore aujourd'hui, dépasse les 300 références.

Miro Gavran, né en 1961, est un auteur dramatique et romancier, membre-collaborateur de l'Académie Croate des Sciences et des Arts. Ses œuvres sont traduites dans une quarantaine de langues. Ses pièces ont été présentées dans plus de 330 spectacles à travers le monde. Il est le seul dramaturge vivant en Europe faisant l'objet d'un festival théâtral qui lui est dédié en dehors de son pays, sous le nom de Gavranfest en Slovaquie depuis 2003, en Pologne depuis 2013 et en République tchèque depuis 2016.

Bela Krleža, comédienne, épouse de Krleža de 1919 à la fin de sa vie (Senj, 1896 – Zagreb, 1981). Tout d'abord institutrice, puis comédienne au Théâtre national de Zagreb (1929-66). Son début de la scène fut celui de la baronne Castelli, le principal rôle féminin dans Messieurs les Glembay (1929) de Krleža. Ses créations majeures reposaient sur des personnages comiques et ceux de Krleža. Le couple Bela et Miroslav a été pendant un demi-siècle le thème intrigant du milieu culturel croate et leur demeure un prestigieux salon

– tous deux pendant plusieurs décennies furent les guides de l'élite artistique et à partir de 1945, en Yougoslavie, de l'élite politique.

Miroslav Krleža (1893 – 1981), né à Zagreb mais sujet austro-hongrois, il suit la formation de sous-officier à Pécs et aussi d'officier à Académie militaire de Budapest qu'il quitte subitement pour se rendre en Serbie indépendante la veille de la Grande Guerre. Une fois la guerre éclatée, il est mobilisé dans l'armée austro-hongroise et envoyé sur le front galicien, mais sa mauvaise santé l'empêche de participer aux combats. Il commence à publier dès 1914 de courtes pièces de théâtre et de la poésie, et essaye de vivre de sa plume littéraire après une courte période dans le journalisme dès la fin de la guerre. Simultanément, il s'engage dans la mouvance communiste aussi bien par ses activités militantes que par ses écrits.

     À partir de 1922, il est d'un côté écrivain croate et yougoslave affirmé, et de l'autre intellectuel de gauche critique du régime du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes comme des lignes idéologiques du Parti communiste, interdit d'ailleurs en 1921. Son esprit polémique s'exprime dans différentes revues dont il est le fondateur et qui seront toutes rapidement interdites. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Krleža ne se range pas aux côtés des forces antifascistes de libération nationale menées par le Parti communiste. Après leur victoire, l'apport de Krleža est triple : il continue d'écrire, mais il milite aussi pour l'indépendance de la création artistique par rapport aux idéologies autocratiques et dirige encore l'Institut de lexicographie yougoslave à Zagreb qu'il a fondé en 1950 et dont il restera à la tête jusqu'à sa mort. Durant cette période, il reçoit un traitement spécifique d'écrivain officiel, incontestable, comme le Tito de la littérature, mais sans porter de fonctions politiques ou étatiques. Ainsi, officiellement, il demeure indépendant comme devrait l'être selon lui tout créateur.

     Poète, nouvelliste, dramaturge, romancier, essayiste, polémiste, historien de la littérature et de l'art, omniprésent, tapageur, imprévisible, solitaire et à l'écart mais volcanique quand il pense devoir l'être, il ne dissocie pas l'acte esthétique de l'action sociale. Cette conjonction n'est pour lui réalisable que dans et par l'indépendance du créateur. Et elle se réalise d'abord dans et par la langue. Pour Krleža, elle n'a pas de limite. Ses vers chantent au-delà de la grammaire, des standards, des normes et parlers usuels ; ses phrases polémiques giclent en traversant les époques, les mythes et les connaissances multiples ; les personnages de son théâtre plongent dans le croate, l'allemand, le français, le latin pour échapper à leur sort... et retrouver leurs propres contradictions.

     Flamboyant, dérangeant, magique, Krleža est adoré, suivi, imité mais en même temps soupçonné, dédaigné, haï... Il interpelle et, aujourd'hui, même trente-cinq ans après sa mort, il est aussi constamment interpellé : Krleža comme polémique publique permanente... Krleža et ses œuvres comme références... à interroger, à approfondir, à étudier, à dépasser, à relire, à remettre en scène, en musique, à penser. Krleža ne cesse pas de nous donner la réplique.

Ivka Kraljeva, comédienne, auteure de théâtre, publiciste (Zagreb, 5.III.1856 – Zagreb, 3.XII.1942). Elle a débuté au théâtre de Zagreb en 1871. Au commencement, elle a joué dans des opérettes, puis après des dommages aux cordes vocales, elle reprend pour la plupart des rôles de jeune première dans des comédies et des farces. Elle est l'auteure de comédies, Vatrogasci (Les pompiers, créée en 1875), Divljanka (La sauvageonne, créée en 1880), puis le drame Apostol (L'Apôtre) avec son époux Ilija Milarov (créé en 1901). Elle a contribué au renforcement des liens culturels entre les Croates et les Bulgares, et après son retour de Sofia en 1920 elle s'occupe de l'écriture de ses mémoires pour une bonne partie consacrées à l'histoire du théâtre zagrébois.

 

Josip Kulundžić (Zemun, 1er août 1899 – Belgrade, 1er décembre 1970). Pendant les années de création de ses drames expressionnistes Minuit (1921) et Le Scorpion (1926), il théorise la relation du jeu et du théâtre par rapport à la vie. Il est un connaisseur excellent du théâtre européen et de la littérature et de la théorie dramatique (particulièrement françaises, Georges Pitoëff). Dans les textes Action ! Action !, Les Symboles  et La

Structure dramatique pure, produits ces années-là, il recherche un changement radical de la vision du monde, et par là des significations (dramatiques) des mots. Se déclarant comme le représentant des « nouvelles » vues anti-traditionnelles dans le choix thématique, la mise en évidence des symboles et l'expérience avant-gardiste, il a vu la possibilité d'une problématisation des questions éthiques et et de la découverte de la vérité dans l'art.

Milan Marjanović, écrivain et journaliste (Kastav, près de Rijeka, 12.V.1879 – Zagreb, 21.XII.1955). Il a étudié à Prague à l'académie de commerce de 1898 à 1899, puis il fut journaliste et rédacteur en chef de revues littéraires et de journaux politiques : Svjetlo, Karlovac ; Crvena Hrvatska, Dubrovnik ; Novi list, Rijeka ; Jug/Zvono, Split ; Narodno jedinstvo, Zagreb. Il a participé à la fondation du Comité yougoslave (voir plus bas la note de bas de page 52), a rédigé avec Tucić le Slav Bulletin Paris/Londres, et aux États-Unis Jugoslavenski svijet et Obnova. Finalement, il retourne à Zagreb en 1951 où il est le président de l'Institut adriatique de l'Académie des sciences et des arts. En tant qu'auteur dramatique, il relève de la période du modernisme croate (Ivičina karijera, Besposlen svijet La carrière d'Ivica, Un monde désœuvré), et sa Tlavatà (Ancient Aztec Lyric Drama) en un acte obtient un succès exceptionnel à New York en 1926 (publié en 1927). Il est l'auteur d'études littéraires importantes : Iza Šenoe (Derrière Šenoa), 1906 ; Književne studije i prikazi (Études littéraires et compte-rendus), 1911, et sa chrestomatie Hrvatska moderna (I, II) de 1951, est la première synthèse critique du modernisme littéraire croate du début du  XXe siècle.

 

Antun Gustav Matoš (1873-1914), poète, nouvelliste, essayiste, journaliste, polémiste, musicien... Suite à sa désertion de l'armée austro-hongroise (la Croatie actuelle appartenait alors à l'Autriche-Hongrie jusqu'en 1918), il vit en exil entre 1894 et 1908, à Belgrade, Munich, Vienne, Genève, puis cinq années à Paris. Comme

poète, il est influencé par les Parnassiens et Baudelaire et considéré dans l'histoire littéraire croate comme l'une des grandes figures du « modernisme », comme se nomment dans la théorie et l'histoire littéraire croates les courants symbolistes et expressionnistes.

Dubravko Mihanović, né à Zagreb en 1975, est diplômé en dramaturgie à l'Académie des arts dramatiques de Zagreb. Il a travaillé à divers programmes théâtraux à la radio ou la télévision. Ses pièces dont certaines sont couronnées de prix sont jouées en Croatie et à l'étranger. Il est aujourd'hui directeur artistique au Théâtre Gavella de Zagreb.

Stjepan Miletić (Zagreb, 2.III.1868 – Munich, 8.IX.1908). D'origine noble, après le lycée, il commence à étudier le droit, puis la philosophie à Vienne à partir de 1888. Il obtient son doctorat en 1893 avec une thèse intitulée Die aesthetisches Form des abschliessenden Ausgleisches in den Shakespeare'schen Dramen. Comme directeur du Théâtre national de Zagreb de 1894 à 1898, il a constamment mené des réformes dans le but de moderniser le théâtre croate. Acceptant le réalisme historique des Meininger, et partiellement du jeu vériste du théâtre italien, il a aboli le déséquilibre stylistique et les stéréotypes du jeu, et a persisté dans la cohérence et la crédibilité des aspects décoratifs de la représentation. La littérature

moderniste croate perce durant la direction de Miletić (I. Vojnović), mais son auteur préféré et favorisé demeure cependant Shakespeare. Miletić a également rapproché l'opéra et le ballet aux courants européens de l'époque. Il a fondé l'École dramatique croate qu'a aussi fréquentée S. Tucić.

Le modernisme croate : « Moderna » désigne un courant de l'art littéraire, pictural et musical, et de la philosophie, en Croatie dans la période entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. En accord avec les courants de cette époque en Europe, ce modernisme croate a affirmé la liberté de la création artistique, le choix subjectif et la coexistence des styles, et il a plaidé pour sortir d'une poétique réaliste et aspiré à une plus grande perfection formelle de l'oeuvre. Le modernisme peut se diviser en deux phases : la première de 1895 à 1903 dans laquelle sont établis les cadres théoriques du mouvement, et une deuxième jusqu'en 1914 au cours de laquelle se développent les vues artistiques, affirmées pleinement dans l'anthologie La Jeune poésie croate (1914) réunissant douze jeunes poètes en l'honneur d'Antun Gustav Matoš (1873-1914), poète, nouvelliste et polémiste crucial de cette époque. L'intérêt pour les états psychiques est aussi caractéristique de la production dramatique, ce qui se confirme particulièrement dans la création littéraire d'Ivo Vojnović.

Ahmed Muradbegović (Gradačac, 3 mars 1898 – Dubrovnik, 15 mars 1972) est un écrivain expressionniste important : poète, dramaturge et conteur. Il est le premier écrivain croate de Bosnie qui s'est éloigné de la romance patriarcale et du réalisme didactique, son style se rapprochant des positions modernistes. Le conflit entre l'ancien et le nouveau, l'Europe et l'Orient, l'aristocratie traditionnelle musulmane et son éthique avec l'expansion de la civilisation européenne et ses vues libérales dans les relations érotiques et socio-religieuses, demeurent la base permanente de l'inspiration littéraire de l'écrivain.

Milan Ogrizović  (Senj, 12.II. 1877 – Zagreb, 25.VIII.1923), écrivain, a fini ses études de mathématiques et de philologie classique à la faculté de philosophie de Zagreb en 1901, où en 1904 il obtient aussi un doctorat. Il a écrit des poésies, des nouvelles, des librettos d'opéras, des critiques théâtrales et littéraires, a été actif dans la vie culturelle et politique. Il a donné sa plus grande contribution à la littérature moderniste en tant qu'auteur dramatique : Hasanaginica, 1909 ; Banović Strahinja, 1912 ; Objavljenje (La révélation), 1917 ; La mort de Smail-aga

Čengić, 1919 ; Vučina (Un loup), 1921. Ses monographies historique et musicologique Pedeset godina hrvatskog kazališta 1860-1910, (Cinquante ans de théâtre croate 1860-1910) Zagreb, 1910 et Hrvatska opera 1870-1920 (L'opéra croate 1870-1920) Zagreb, 1920 sont d'une valeur exceptionnelle.

Petar-Pecija Petrović (1877-1955), nouvelliste et comédiographe, dont l'œuvre est thématiquement attachée à la vie rurale de l'arrière-pays dalmate

Ivo Raić, comédien et metteur en scène (Zagreb, 1881 – Zagreb, 1931). Il a commencé des études d'art dramatique à Zagreb qu'il a poursuivies à Vienne. Il a joué en quatre langues à Berlin, Prague, Hambourg et Budapest. Engagé comme comédien et metteur en scène au Théâtre national de Zagreb à partir de 1909, il a été à trois reprises aussi directeur artistique (1920-21 ; 1926-27 ; 1929-31). Sa nomination à cette fonction en

1920 a incité Krleža à envoyer, après la rupture avec J. Bach, le manuscrit d'Un camp croate en Galicie. En tant que metteur en scène de l'opéra et du théâtre, il a suivi des principes modernistes sur le modèle de Max Reinhardt. En tant que comédien, il était le meilleur dans les pièces de salon, mais il s'est aussi distingué dans des pièces psychologiques et expressionnistes. Il a conféré avec succès aux personnages de Krleža le type de jeu de l'intellectuel ou de l'artiste pétri d'angoisse, esthète et névrotique.

Geno Senečić (1907-1992), prosaïste et dramaturge croate, dont les pièces étaient très présentes sur les scènes croates des années 1930.

Marija Ružička Strozzi (Litovel, Tchéquie, 3 aoît 1850 – Zagreb, 27 septembre 1937) est la mère de Tito Strozzi et de la chanteuse d'opéra de renommée européenne Maja Strozzi-Pečić. Marija a fait ses débuts en 1868 dans le rôle de Jane (l'adaptation de Charlotte Birch-Pfeiffer du roman Jane Eyre de Charlotte Brontë, jouée dans l'Europe entière sous le titre Die Waise aus Lowood). Dans un premier temps, Marija a joué des rôles de jeunes premières, et des femmes dans des pièces de salon, et selon les besoins a chanté dans les opéras et les opérettes. Avec le célèbre tragédien croate Andrija Fijan, avec lequel elle a composé un duo pendant trente ans, elle a créé des grands rôles comme Electre, Phèdre, ou plusieurs héroïnes de Shakespeare. À partir de 1895, elle prend l'emploi de femmes mûres (H. Ibsen, A. Strindberg). Marija Ružička Strozzi atteint le sommet en tant qu'Hécube (Euripide – Werfel, Les Troyennes), Madame Alving et

et Aase (Ibsen, Les Revenants et Peer Gynt) et Mara Beneša et la Mère Jugović (I. Vojnović, Le Crépuscule et La Mort de la mère Jugović). Elle fête son 65e anniversaire de carrière en 1933, et joue dans des rôles moins importants jusqu'en 1936. Elle est considérée comme l'une des plus grandes tragédiennes des Slaves du Sud. Malgré des invitations de Prague, Vienne et d'Amérique, elle est demeurée fidèle à Zagreb, laissant une trace artistique exceptionnelle dans l'histoire du théâtre croate. Marija Ružička Strozzi a obtenu des notices séparées dans deux dictionnaires publiés récemment en France, Dictionnaire encyclopédique du Théâtre à travers le monde de M. Corvin (Paris, 2008) et Le Dictionnaire universel des Créatrices de B. Didier, A. Fouque et M. Calle-Gruber (Paris, 2013).

Tito Strozzi, comédien de théâtre et de cinéma, metteur en scène, formateur d'acteur, écrivain, traducteur (Zagreb, 1892 – Zagreb, 1970). Fils de la légendaire tragédienne Marija Ružička Strozzi, la Sarah Bernhardt croate. Il a débuté au Théâtre national de Zagreb en 1919 en tant qu'acteur et dramaturge, il a interprété après une longue carrière plus de 300 rôles différents et mis en scène plus de 200 pièces et opéras. Il a joué dans les

premiers films croates, dirigé des théâtres pour enfants, créé des compagnies théâtrales, des revues et des associations artistiques. Il a écrit une vingtaine de pièces de théâtre, parmi lesquelles se distinguent Ecce homo ! (1924) et Zrinjski (1935). Il a traduit en croate les deux parties du Faust de Goethe et une centaine de pièces de théâtre et de librettos d'opéra depuis plusieurs langues. Une amitié et une collaboration de longue date le liaient depuis l'enfance à Krleža et il avait la réputation d'être le meilleur comédien pour ses œuvres dramatiques.

Slobodan Šnajder est un dramaturge et romancier né en 1948 à Zagreb. Il a dirigé la revue théâtrale Prolog pendant une quinzaine d'années et fut directeur du Théâtre de la Jeunesse à Zagreb de 2001 à 2004. Auteur engagé, ses œuvres dénoncent l'injustice et l'oppression. Dans les années 1990, il subit la répression du régime politique croate de Franjo Tuđman et ses pièces ne furent pas représentées en Croatie alors qu'elles étaient jouées dans de nombreux pays étrangers.

Srgjan Tucić (Požega, 25.III.1873 – New York, 24.IX.1940), dramaturge, prosaïste, metteur en scène, dirigeant de théâtre, traducteur et publiciste.
     Après des études à l'École royale des arts et métiers de Zagreb, il devient quelque temps comédien à l'époque de la direction de Stjepan Miletić au Théâtre national croate de Zagreb. Simultanément, il commence à écrire des drames et des nouvelles sous l'influence des œuvres naturalistes européennes, en premier lieu celles d'Ibsen et de Tolstoï. En 1898, son drame Le Retour lui apporte un premier succès.

     Avec Mihovil Nikolić, il publie en 1900 un recueil en prose Le Livre de la vie et participe activement au mouvement  littéraire du modernisme croate.

      En 1902, il part à Sofia et devient pendant deux années le directeur de la compagnie qui préfigurera le Théâtre national bulgare.

     De retour au pays, Tucić remplit les fonctions de directeur du théâtre d'Osijek où en tant que metteur en scène et directeur artistique il modernise totalement le répertoire théâtral.

     En 1913, il émigre à Paris, offensé par l'interdiction de publication et de représentation de son drame Les Libérateurs et les attaques féroces des critiques sur ces dernières œuvres.

      En 1915, Tucić est maître de conférences en langues slaves au King's College de Londres où il prend part aussi au action du Comité yougoslave en faveur de la libération des pays slaves du sud de l'Autriche-Hongrie et de leur union avec la Serbie et le Monténégro. Il se consacre à des travaux de publiciste sur les thèmes de politique économique yougoslaves, européens et américains.

       En 1918, il part pour toujours aux États-Unis où il meurt à New York en 1940.

August Šenoa (1838-1881), grande figure de renouveau national littéraire croate, a publié Diogène en 1878. Ce roman est vite publié en français, en plusieurs numéros du Monde illustré, Paris, 1879-1880.

Vasilij Mitrofanič Uljaniščev, est un scénographe qui en tant qu'immigrant russe a d'abord travaillé au théâtre de Split, puis à Zagreb de 1921 à 1928, et finalement à Ljubljana. Il a disposé de la peinture avec routine, goût et une capacité d'adaptation, et à sa façon, essentiellement éclectique, il est parvenu à des solutions abouties. Il savait cependant sortir du cadre de sa modestie et faire preuve de d'habileté et d'imagination, par exemple dans l'équipement de la pièce expressionniste de Strozzi Ecce homo ! et aussi la pièce expressionniste de Kalman Mesarić Les Jongleurs cosmiques, le 21 avril 1926, aussi sous la mise en scène de Strozzi.

Ivo Vojnović (Dubrovnik 1857 - Belgrade 1929) a fait ses études à Zagreb. Juriste de formation, il travaille comme fonctionnaire entre 1883 et 1907 dans l'administration autonome croate puis austro-hongroise. Il est conseiller littéraire du Théatre national croate à Zagreb entre 1907 et 1911, puis vit de son travail littéraire. Contributeur dans les rubriques culturelles des journaux dès 1877, il commence à publier des œuvres littéraires en 1880, d'abord des nouvelles, puis des romans, de la poésie... Son théâtre évolue formellement de

la comédie de mœurs en 1889, puis, à la fin du siècle, vers des formes mélodramatiques mais inspirées du théâtre social d'Ibsen, pour essayer au tout début du XXe siècle d'exprimer l'esprit et l'histoire de sa ville natale dans une écriture symboliste. Vojnović est parallèlement attiré par les légendes populaires puisant dans l'histoire nationale et l'altérant, pour conclure son œuvre par des pièces de formes énigmatiques où le poète se met en scène lui-même et où la textualité prime sur la narration et une structure déterminée. Cinq de ses pièces sont publiées dans les revues françaises et suisses francophones entre 1917 et 1929, ce qui fait de lui l'écrivain croate et yougoslave le plus traduit en français à l'époque. Entre 1919 et 1922, il séjourne à Nice et ailleurs en France, où vit sa sœur Eugénie, l'épouse de l'historien et diplomate Charles Loiseau. Marqué à vie par ses origines ragusaines, et par le parler de Dubrovnik qui va formater le discours et les visions de ses personnages, soupçonné d’être homosexuel dans une culture patriarcale où l'homosexualité était vue comme une déformation honteuse, l’aristocrate de comportement dont les véritables origines aristocratiques sont en permanence contestées, chantre du yougoslavisme au moment de la construction des identités nationales croate et serbe et leur opposition politique, Vojnović était toujours vu comme un phénomène artistique, culturel et social atypique, autonome, à part, tout comme son monde poétique qui essaie de relever le passé, pour mieux vivre, imaginer et comprendre le présent.