Publication aux éditions Prozor de la première traduction française de la version originale de Dundo Maroje (1551) de Marin Držić par Nicolas Raljević, comprenant le complément de Mihovil Kombol écrite en 1955 en compensation de la fin de la comédie non conservée et près de cinq-cents notes de bas de pages explicatives. La préface est du professeur Claude Bourqui de l'université de Fribourg (Suisse) et spécialiste de Molière et du théâtre francophone classique. Un avant-propos de Charles Béné, spécialiste de la littérature humaniste de la Renaissance, analyse le prologue de la comédie. Une postface de Paul-Louis Thomas, professeur de langues et littérature BCMS à la Sorbonne, soulève les difficultés de la traduction de Držić en français. Une bibliographie exhaustive rédigée par Miloš Lazin présente les sources en langue française concernant Marin Držić. Des œuvres graphiques de Davor Vrankić accompagnent le texte.

 

Ce livre a été publié grâce au soutien du Ministère de la culture

de la République de Croatie.

Marin Držić : Dundo Maroje : Prozor ed

Zadovoljstvo je obavijestiti Vas da smo upravo objavili prvi francuski prijevod izvorne verzije Dunda Maroja (1551) Marina Držića u prijevodu Nicolasa Raljevića. Izdanje uključuje i dopunu koju je 1955. napisao Mihovil Kombol, kompenzirajući time nikad pronađenu finalnu dionicu slavne komedije, a petstotinjak fusnota djelo dodatno približava suvremenome čitatelju.

    Predgovor potpisuje profesor Claude Bourqui sa Sveučilišta u Fribourgu (Švicarska), stručnjak za Molièrea i klasično francusko kazalište. Analizu prologa Dunda Maroja čitamo u uvodnom tekstu Charlesa Bénéa, stručnjaka za humanističku književnost renesanse, dok na teškoće prevođenja slavnog Dubrovčanina na francuski jezik u pogovoru ukazuje Paul-Louis Thomas, profesor jezika i književnosti na Sorboni (BCMS), a opširnu bibliografiju izvora na francuskome jeziku posvećenih Marinu Držiću predstavlja Miloš Lazin.

     Grafička djela Davora Vrankića ilustriraju ovo iznimno izdanje.

Knjiga je objavljena uz financijsku potporu Ministarstva kulture Republike Hrvatske

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PRÉFACE


Un riche marchand lancé à la poursuite de son fils prodigue, des valets qui s’ingénient à satisfaire les désirs amoureux de leurs maîtres, une jeune fille déguisée en garçon pour rejoindre son amoureux infidèle : dès les premières pages de Dundo Maroje, le lecteur se sentira en terrain familier. Ces histoires de jeunes gens brimés dans leurs conquêtes amoureuses par l’avarice de leurs géniteurs, ces serviteurs rusés ou balourds qui se démènent pour leur venir en aide, tout cela ramène à une idée de la comédie « ancienne », que la fréquentation – à tout le moins scolaire – de Molière a ancrée dans l’imaginaire du public francophone. 


Toutefois le nom de l’auteur et la collection dans laquelle paraît ce volume affichent une réalité tout autre : la pièce est traduite du croate, elle a été représentée vers 1550, plus d’un siècle donc avant l’avènement de la comédie moliéresque. Son lieu d’origine est ce fascinant espace d’interculturalité que constituait la République de Raguse, où en plein XVIe siècle s’est développée une riche littérature latine (langue dominante de l’activité littéraire et savante), italienne (langue du commerce et des institutions de la cité), mais également croate (langue des échanges familiers). En effet, on l’oublie trop souvent ici, sur le flanc atlantique de l’Europe : à l’époque où Du Bellay se propose d’« illustrer » son idiome national, de nombreux intellectuels sont engagés dans la même démarche sur la côte dalmate. Et les résultats, dans le domaine du théâtre en tout cas, n’ont rien à envier aux réalisations des Jean de la Taille (Les Corrivaux, 1562), Jacques Grévin (Les Ébahis, 1561) et autres Odet de Turnèbe (Les Contents, 1584), qu’a retenues l’histoire du théâtre français. Au cœur de Dubrovnik, à l’endroit où de nos jours défile l’indifférent flot des touristes, a été représentée une des œuvres théâtrales les plus remarquables de la Renaissance européenne : la comédie de « l’oncle Maroje ». Il est vrai que ce chef d’œuvre n’est pas sorti de la plume d’un érudit de seconde zone. Marin Držić, auteur d’une douzaine de pièces de théâtre, mais également de poèmes lyriques et de pamphlets politiques, est une figure majeure au sein du canon croate. De surcroît, il s’affirme comme un créateur d’une envergure hors pair, capable de tirer un parti original des schémas et des conventions auxquelles est soumise la composition littéraire de son temps.


Car, on ne saurait le nier, les fondamentaux à l’œuvre dans Dundo Maroje sont ceux de la « comédie érudite », cette forme de théâtre qui se développe en Europe au cours du XVIe siècle en déclinant des variations infinies sur les schémas d’intrigues qu’offraient les pièces de Plaute et Térence. C’est cet immense corpus d’œuvres principalement néo-latines et italiennes qui constitue le socle sur lequel s’épanouira la création des Shakespeare, Molière et autres Calderón. Držić, à leur égard, joue les précurseurs : de même que les illustres dramaturges du siècle suivant, il ne se contente pas de combiner les fils d’intrigue, les situations, les personnages de la comédie latine, mais parvient à créer, à partir de ces éléments, un univers singulier et fascinant.  Sans doute les spécialistes de littérature croate ont-ils raison d’y reconnaître des allusions à l’actualité ragusaine de l’époque. Le lecteur moderne, pour sa part, y retrouvera des situations cocasses ou délirantes, des traits d’esprit brillants, des échanges vifs et étourdissants, des échappées lumineuses sur la condition humaine, des ambiances dignes des meilleures scènes de la comédie shakespearienne, bref un époustouflant spectacle théâtral, qu’il goûtera sous forme livresque, dans l’attente d’une représentation de la traduction française de Nicolas Raljevic.

Le monde que met sous nos yeux Dundo Maroje est celui de la Rome pourvoyeuse en plaisirs, où, à la différence de la sage et commerçante Dubrovnik, tous les débordements sont permis et où se révèlent ainsi les véritables motivations qui gouvernent les comportements humains. Cupidité, gloutonnerie, luxure, toutes les formes de l’avidité s’y donnent libre cours. La courtisane Laura ne met aucune limite à sa prédilection pour les colliers de perles et les tissus précieux, les jeunes hommes perdent le contrôle de leurs pulsions amoureuses, les valets ne sont jamais rassasiés. Pour satisfaire ces désirs irrépressibles, il faut voler, mentir, ruser, feinter. Tous sont avides de récupérer leur dû, tous se battent âprement pour assurer leur gain ou s’emparer de leur butin. Dans cet univers impitoyable, la seule issue qui reste aux perdants qui ne veulent pas quitter la scène est de contracter des dettes, lesquelles à leur tour alimenteront l’avidité d’autres protagonistes de la grande comédie humaine.


Toutes ces actions acharnées se succèdent à un rythme effréné, se font obstacle, se télescopent entre elles dans un tourbillon de ruses et stratagèmes, de manipulations, de pugilats. L’élan est donné par la toute-puissante Fortune, qui règne en maîtresse sur la « branloire pérenne » que constitue le monde. C’est elle qui fait et défait les victoires. Elle est contemplée avec fascination par ceux qui s’affirment comme ses adeptes les plus convaincus : les valets intrigants. Tant Popiva que Pomet s’épanchent en monologues sur les faveurs ou les coups bas que cette âpre maîtresse leur administre et tentent de saisir les principes de son fonctionnement, qui trop souvent leur échappe. Un constat toutefois s’impose. Le maître mot de la réussite en ce bas monde est l’accommodement – autrement dit, l’adaptation souple aux circonstances continuellement changeantes que créent les caprices de la Fortune. « Il faut s'adapter à l'époque ; il doit être un virtuose celui qui veut régner sur le monde » (II, 1) décrète Pomet, qui se donne au passage des airs de philosophe. C’est sur ce principe cardinal que repose la véritable valeur morale, celle qui fonde la virtus, pierre de touche de la distinction entre individus d’exception et hommes du commun. Celui qui, sans se raidir, parvient à épouser les fluctuations d’un univers fondamentalement instable est assuré de parvenir à la maîtrise des événements, qui ouvre la voie à la réussite de toutes les entreprises. « Y a-t-il un homme qui tient sa fortune en mains comme je la tiens ? Y a-t-il quelqu'un sous le ciel qui est le maitre des hommes comme je le suis ? » peut alors s’extasier Pomet triomphant (II, 10).


Marin Držić à coup sûr était familier de la pensée d’Épicure, à l’instar de ses contemporains les plus libres d’esprit, qui se plongeaient dans le condensé de Diogène Laërce et le De rerum natura de Lucrèce. Le monde que nous décrit Dundo Maroje prend les contours du cosmos épicurien, composé d’atomes qui s’entrechoquent de manière aléatoire dans un mouvement sans fin. Mais la leçon qu’en tire le dramaturge croate est, quant à elle, d’inspiration machiavélienne. « Selon le changement de fortune, si les hommes demeurent en leur manière entiers, ils seront heureux s’ils accordent avec le temps, s’ils n’accordent pas ils seront malheureux » peut-on lire dans la traduction française du Prince parue en 1571 (chap. XXV). Cette exigence d’« accorder avec le temps » n’est pas seulement une servitude ; elle constitue un des plaisirs les plus exquis de la condition humaine, ainsi que nous le rappelle Pomet, encore lui : « La nature de la fortune me donne l'espoir, qui est comme une certaine gent féminine que j'embrassais : un instant on me fait la bonne figure, et un instant la mauvaise ; un instant on me fait pleurer, et rire de nouveau tout de suite après. » (IV, 3) C’est la leçon que professera un siècle plus tard Scapin, héros moliéresque s’il en est : « Il faut du haut et du bas dans la vie ; et les difficultés qui se mêlent aux choses, réveillent les ardeurs, augmentent les plaisirs » (Les Fourberies de Scapin, III, 1).




Claude Bourqui,
Université de Fribourg

                                           PREDGOVOR

Bogati trgovac u potrazi za razmetnim sinom, sluge koji smišljaju načine da se njihovim gospodarima ispune ljubavne želje, mlada djevojka koja se prerušava u mladića ne bi li se pridružila nevjernom ljubavniku: već od prvih stranica Dunda Maroja čitatelj će osjetiti da je na poznatu terenu. Te priče o mladim ljudima koje u ljubavnim osvajanjima sputava škrtost roditelja, ti lukavi ili nespretni sluge koji se silno trude priskočiti im upomoć, sve nas to vraća ideji „antičke komedije“, koju je druženje s Molièreom (barem tijekom školovanja) usidrilo u mašti frankofonske publike.

Međutim, ime autora, kao i edicija u kojoj se ovaj svezak pojavljuje, pokazuju da je stvarnost posve drugačija: drama je prevedena s hrvatskog, a izvedena je oko 1550., dakle više od stoljeća prije pojave molijerovske komedije. Njegovo je mjesto podrijetla onaj fascinantni interkulturalni prostor koji je sačinjavao Dubrovačku Republiku, gdje se u 16. stoljeću razvila bogata književnost na latinskom (dominantnom jeziku književne i znanstvene djelatnosti), talijanskom (jeziku trgovine i gradskih institucija), ali i na hrvatskom (jeziku svakodnevice). Naime, na atlantskom se dijelu Europe vrlo često zaboravlja da, u vrijeme kada Du Bellay želi „proslaviti“ nacionalni jezik, brojni intelektualci na dalmatinskoj obali pokušavaju to isto. Tako i rezultati, barem što se kazališta tiče, nemaju na čemu pozavidjeti postignućima Jeana de la Taillea (Les Corrivaux, 1562), Jacquesa Grévina (Les Ebahis, 1561), Odeta de Turnèbea (Les Contents, 1584.) i dr., a koja su ušla u povijest francuskog kazališta. U srcu Dubrovnika, kojim danas teče rijeka ravnodušnih turista, izvedeno je jedno od najistaknutijih kazališnih djela europske renesanse, komedija Dundo Maroje. Istina je da ovo remek-djelo nije poteklo iz pera drugorazrednog erudita. Marin Držić, autor desetak dramskih djela, ali i lirskih pjesama te političkih pamfleta, jedna je od najznačajnijih ličnosti hrvatskoga kanona. Uz to se afirmirao kao stvaralac bez premca, sposoban kreirati originalno djelo prema obrascima i konvencijama tipičnima za književnost njegova doba.

Jer, ne može se poreći da su temelji Dunda Maroja isti oni koje zatječemo u „učenoj komediji“, kazališnom obliku koji se razvio u Europi tijekom 16. stoljeća uz bezbrojne varijacije Plautovih i Terencijevih obrazaca zapleta. Upravo taj golemi korpus pretežito neolatinskih i talijanskih djela čini bazu na kojoj će procvasti Shakespeareovo, Molièreovo i Calderonovo stvaralaštvo. Držić je njihov preteča: poput slavnih dramatičara narednoga stoljeća, on se ne zadovoljava pukim kombiniranjem zapleta, situacija i likova latinske komedije, već od tih elemenata uspijeva stvoriti jedinstven i fascinantan svijet. Stručnjaci za hrvatsku književnost zasigurno s pravom u njima prepoznaju aluzije na dubrovačku stvarnost toga doba. Suvremeni će čitatelj, pak, u njima pronaći komične ili sulude situacije, briljantnu dovitljivost, žive i vrtoglave dijaloge, prosvjetljujuće uvide u ljudsko stanje, atmosfere dostojne najboljih scena Shakespeareove komedije, ukratko, kazališni spektakl koji oduzima dah i u kojemu će uživati u knjižnom obliku, iščekujući uprizorenje francuskog prijevoda Nicolasa Raljevića.

Svijet koji nam predočuje Dundo Maroje rimski je svijet kao mjesto užitaka gdje su, za razliku od mirnog trgovačkog Dubrovnika, svi oblici pretjerivanja dopušteni i gdje se time otkrivaju prave motivacije koje upravljaju ljudskim ponašanjem. Pohlepa, proždrljivost, pohota, svi oblici žudnje pušteni su na slobodu. Sklonost kurtizane Laure prema bisernim ogrlicama i dragocjenim tkaninama ne poznaje granica, mladići gube kontrolu nad svojim ljubavnim nagonima, slugama nikada dosta. Kako bi zadovoljili te neukrotive želje, moraju krasti, lagati, varati, hiniti. Svi silno žele uzeti što im pripada, svi se žestoko bore kako bi sebi osigurali pobjedu ili zgrabili svoj plijen. U tom nemilosrdnom svijetu jedini izlaz za gubitnike, koji ne žele napustiti pozornicu, jest opteretiti se dugovima, što će zauzvrat potpiriti žudnju drugih protagonista velike ljudske komedije.

Sve te žestoke radnje nižu se brzim tempom, jedna drugoj isprečuju, sudaraju u tom vrtlogu lukavstava, varki, podmetanja i tučnjava. Zamah daje svemoguća Fortuna, koja hirovito vlada svijetom, tim ,,neprestanim klatnom“;. Ona je ta koja omogućuje i dokida pobjede. S divljenjem je promatraju oni koji se pokazuju kao njeni najvjerniji poklonici, a to su sluge koji smišljaju intrige. I Popiva i Pomet u monolozima razglabaju o naklonostima i niskim udarcima kojima ih ta oštra vladarica obasipa, pokušavajući dokučiti načela njezina djelovanja koja im počesto izmiču. Jedno je, međutim, sigurno: tajna uspjeha na ovome svijetu je pristajanje, odnosno podatna prilagodba na okolnosti koje prevrtljiva Fortuna neprestano mijenja. „Ma se je trijeba s bremenom akomodavat; trijeba je bit vjertuozu tko hoće renjat na svijetu“ (II, 1)1, izjavljuje Pomet, izigravajući pritom filozofa. Upravo na tom osnovnom načelu počiva istinska moralna vrijednost, ona koja utemeljuje virtus, test za razlikovanje iznimnih pojedinaca od običnih ljudi. Tko se bez krutosti uspije prepustiti fluktuacijama temeljno nestabilnog svijeta, sigurno će ovladati zbivanjima, što omogućava uspjeh u svim pothvatima. „Je li čovjeku na svijetu srjeća u ruci kako je meni? Je li itko pod nebom gospodar od ljudi kako sam ja?“2 može se onda pobjedonosno zanositi Pomet (II, 10).

Marin Držić zasigurno je bio upoznat s Epikurovom mišlju, poput svojih najslobodoumnijih suvremenika koji su pomno iščitavali sažetke Diogena Laertija i Lukrecijevo De rerum natura. Svijet koji nam opisuje Dundo Maroje poprima obrise epikurejskog kozmosa, sastavljenog od atoma koji se nasumično sudaraju u beskonačnom kretanju. No pouka koju iz toga izvlači hrvatski dramatičar makijavelističke je inspiracije. „Da zaključim: ako se sreća mijenja, a ljudi uporno ostaju pri svojoj naravi, sretni su dok se to dvoje slaže, no čim se prestanu slagati, nesretni su“3 , možemo pročitati u prijevodu Vladara koji je u Francuskoj objavljen 1571. (poglavlje XXV). Ova potreba za „slaganjem s duhom vremena“ nije puko sluganstvo, nego i jedan od najvećih užitaka ljudskoga bivanja, na što nas još jednom podsjeća Pomet: „A tu mi sperancu dava narav od fortune, koja je kako i njeka koju dunižah: sad mi dobru čijeru činjaše a sad zlu; sad me činjaše plakat, opet učas smijejat.“ (IV, 3) Ovu je lekciju stoljeće kasnije podučavao Scapin, Molièreov junak, ako takav uopće postoji: „U životu treba biti i uspona i padova, a poteškoće koje nam se nađu na putu bude u nama žar i snaže osjećaj užitka.“ (Scapinove spletke, III, 1)

                                                                         Claude Bourqui
                                                              Sveučilište u Fribourgu



Preveli Petra Hohnjec, Sara Hunjak, Antonio Kekez, Ivana Marović, Valentina Märzluft, Sandra Rendulić, Antonela Šarić i Melinda Vrkić, studenti 2. godine studija francuskog jezika i književnosti – smjer prevoditeljski, Sveučilišta u Zadru
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                                                                                                 PROLOGUE

 

LONG-NEZ, le nécromant, parle :

LONG-NEZ : Moi, Long-nez, nécromant des Indes Majeures, souhaite le bon jour, une nuit paisible et une année prospère aux illustres et nombreux patriciens ragusains, et je salue ce peuple antique : les hommes-les femmes, les vieux-les jeunes, les grandes et petites gens, peuple avec lequel la paix est en la demeure et la guerre se regarde de loin ; la guerre cette ruine du genre humain. Il y a trois ans, si vous vous souvenez, voyageant par le monde, la fortune m'a conduit dans votre honorable ville, et je vous montrai ce que je savais de la nécromancie. J'apprécie que vous n'ayez pas oublié comment je dévoilais devant vos yeux cet endroit même où vous vous asseyez ; en un instant quand je tournai la tête par ici, vous y étiez ; et je recommençais dans un bois vert, ce dont vous eûtes grand plaisir ; et vous me remerciâtes, et je reçus des appointements, et je mis un cadenas sur certaines mauvaises langues qui ont pour le mal tout le bien qu'on leur fait. Maintenant, comme un vent m'a de nouveau mené à vous pour votre chance en cette époque de carnaval, j'ai décidé de ne pas passer ainsi sans vous réjouir de quelque beau spectacle. Mais avant de vous présenter quoi que ce soit de ma nécromancie, je veux vous dévoiler un secret que jusqu'ici dans ces contrées aucun homme ni sensé ni trois fois sage n'a appris, dont les écoles de savants se sont toujours très étonnées et très tracassées, - un secret digne de votre connaissance, nobles et valeureux Ragusains. Vous savez que lorsqu'il y a trois ans je me séparai de vous, je partis immédiatement pour la route des Indes Majeures, où les ânes, les hérons, les grenouilles et les singes savent parler. De là, je pris la route des Indes Mineures où les pygmées, des hommes petits, font la guerre aux grues. Puis de là, j'avançais mon pied vers les Nouvelles Indes où, dit-on, les chiens sont attachés avec des saucisses, et où on joue aux quilles avec des boules d'or, où le chant des grenouilles vaut celui des rossignols chez nous. Je voulus poursuivre ma route dans les Vieilles Indes, mais on me fit savoir qu'on ne pouvait aller plus loin. On m'expliqua que les Vieilles Indes étaient par là-bas et que dans les Vieilles Indes personne ne pouvait s'y rendre, me disant : « La mer glaciale empêche de traverser, on ne peut y naviguer, et un froid perpétuel y glace vif les hommes » ; et de l'autre côté, ils disent que le soleil brûlant et l'été ardent ne permettent pas seulement le jour sans nuit à un homme de s'en approcher, et encore moins par la chaleur à une graine de germer. Et ils me dirent : « On ne peut passer de ce côté que par magie ». Comme j'entendais cela, j'ouvris mon livre de nécromancie, - que voulez-vous d'autre ? En un instant, je me retrouvais subitement dans les Vieilles Indes !


Là, je trouvais la vraie vie, le temps joyeux et doux du printemps, que ne trouble pas la froideur de l'hiver, où l'été brûlant ne grille pas les roses et les différentes fleurs, et où le soleil du Levant conduit une journée tranquille seulement de l'aube au crépuscule et du crépuscule à l'aube ; et la lumière de l'étoile du matin ne se cache pas comme ici parmi vous, mais son visage éblouissant se présente à chaque instant à la blanche fenêtre ; et l'aube, qui fait fleurir les roses rouges et blanches, ne se dérobe pas aux yeux des amoureux qui la contemplent ; et le doux gazouillement des divers oiseaux impose de tous les côtés une joie éternelle. Et je ne parle pas des eaux limpides, si fraîches, s'écoulant partout, offrant la nourriture éternelle à l'herbe verte et aux chênaies épaisses ; et les champs riches ne sont pas clos de buissons d'épines autour des doux et beaux fruits mûrs, et la cupidité ne repousse pas les hommes mais tout se trouve à la disposition de chacun. Ici, les mots « mien » et « tien » n'existent pas, mais tout est commun à tous, et chacun est maître de tout. Et les hommes qui profitent de ces choses sont des hommes heureux, des hommes calmes, des hommes sages, des hommes raisonnables. La nature, qui leur a embelli l'intelligence, les a aussi de la même manière ornés de la beauté : leurs dimensions sont bien proportionnées ; l'envie ne les tourmente pas, non plus que la rapacité ne les gouverne ; leurs yeux regardent franchement, et ne masquent pas leur cœur ; ils portent leur cœur au-devant de leurs yeux afin que chacun voit leurs bonnes pensées ; et, pour que mes longs discours ne vous ennuient pas davantage, je dirai que ce sont des hommes qu'on appelle des hommes véritables.


Et pour vous dire tout ce que j'ai vu, et que vous me compreniez mieux, je vis là-bas, dans un grand bâtiment, haut et très décoré, une inscription et des homoncules de pierre, très bien représentés, avec des figures de singes, de perroquets, de bossus, de pantins de bois ; des hommes avec des jambes d'aigrette, de la taille des grenouilles ; des farceurs, des goinfres, des comédiens, la lie de l'humanité. Je demandai quelles étaient ces figures, que signifiait tant de laideur, que voulait dire tant de démesure dans des visages humains. On me répondit que les nécromants tels que moi dans les temps anciens, venant dans leur pays par nécromancie et amenant diverses marchandises pour en tirer de l'or, car dans les rivières là-bas se trouve beaucoup d'or, apportèrent parmi eux des bossus, des homoncules, des pantins de bois, des faces de perroquets, de singes, de grenouilles, d'ânes, de chèvres et de toutes autres espèces.


Et les femmes de ces contrées, - tout comme les nôtres ont l'esprit plus lent que les hommes, - voyant ces figures, se mirent à rire comme de choses qu'elles n'avaient jamais vues auparavant, et dirent : « Il serait drôle que ces gens puissent marcher et parler ! » Et elles dirent aux nécromants : « Vous êtes magiciens ; si vous voulez emporter de l'or de ce pays, faites grâce à votre nécromancie que ces homoncules prennent vie, et se mettent à marcher et parler, car ils seraient alors véritablement drôles, tandis qu'ainsi morts ils ne valent rien ». Les nécromants, par avidité pour l'or, donnèrent vie aux bossus, aux pantins de bois, aux petits hommes, aux figures de perroquets, de singes, de grenouilles, aux ânes, aux chèvres et toutes autres espèces. Ces petits êtres dès qu'ils reçurent la vie, se mirent à marcher, à parler et à faire des plaisanteries de toutes sortes, de sorte que nulle part ni festin ni noce ne se tenait où ils n'étaient conviés. Imaginez quelle chose amusante c'était de voir ces créatures qui égayaient ces temps primitifs !


Et, pour achever ce discours, ces figures de perroquets, de singes, de grenouilles, de bossus, de pantins de bois et semblables à des chèvres et, pour le dire en un mot, ces faux hommes se mirent à se reproduire et se mêler aux femmes véritables de telle sorte que les hommes faux se multiplièrent tellement qu'il commença à y avoir un plus grand nombre d'hommes faux que d'hommes véritables. Et ces hommes faux eurent pour projet de monter une conjuration afin de chasser les vrais hommes du pouvoir. Les hommes véritables apprenant cela, bondirent, saisirent leurs armes, expulsèrent tous ces hommes faux et ne voulurent pas que le moindre d'entre eux demeure en ce pays.


Les hommes faux, en compagnie des nécromants, passèrent dans nos contrées, et cette maudite engeance, - des homoncules, des bossus, des pantins de bois, aux figures de perroquets, de singes, de grenouilles, d'ânes et semblables à des chèvres, les hommes faux – s'installèrent dans notre pays au moment où mourait le doux, le silencieux, le sage, le bon vieillard Saturne, à l'Âge d'or où les hommes étaient sans malice. Or après Saturne, les rois moins avisés accueillirent les hommes faux, et se mêlèrent aux bonnes, aux sages et aux belles. Ainsi, les petits hommes, les bossus, les pantins de bois, les figures de perroquets, de singes, de grenouilles, d'ânes et semblables à des chèvres fertilisèrent cette répugnante engeance : il en résulta davantage d'hommes faux que d'hommes véritables. L'Âge d'or s'acheva, chacun s'engagea dans l'Âge de fer, les hommes faux commencèrent une guerre avec les hommes véritables pour le pouvoir. Parfois les hommes faux l'emportaient et parfois les hommes véritables. Mais, pour dire la vérité, les hommes véritables après un long temps ont gagné et gagnent encore, mais avec peine et effort ; et aujourd'hui encore, les hommes véritables sont les vrais hommes et les maîtres, et les hommes faux sont des hommes faux et seront toujours des hommes mauvais.


À présent, mes illustres patriciens, vous sang lumineux, peuple antique, j'ai l'intention comme auparavant de vous présenter quelque belle chose de ma nécromancie ; et parce que la première fois je mis triplement des cadenas à la bouche des critiques, je leur enlève maintenant ces cadenas, qu'ils parlent, qu'ils dévoilent et découvrent dans des discours pleins d'envie les hommes de peu de valeur, les hommes de rien et les hommes faux qu'ils sont. Jusque-là, personne n'a encore connu ce secret ! Il a semblé aux hommes faux qu'ils étaient eux-aussi des hommes, mais les hommes faux sont des hommes faux et cela sera jusqu'au jour du Jugement dernier.


Maintenant, je veux, en cet instant présent, ici devant vous, vous montrer Rome, et faire en sorte qu'à Rome, devant vous qui êtes assis, une belle comédie vous soit offerte ; et parce que Dundo Maroje, Pomet et Grubiša vous furent déjà agréables sur la scène, alors je veux maintenant aussi qu'ils se présentent à vous dans cette comédie. Et, pour ne pas vous ennuyer de longs discours, un prologue va survenir qui vous annoncera ce qu'il va advenir. Mais je vous dirai une chose : qu'il vous soit plus précieux d'avoir appris d'où provenaient et quelles origines ont eu les hommes de rien et faux qui trompent le monde, plutôt que d'assister à la comédie que vous allez voir. Et la comédie vous dévoilera quelles sont ces semences dégoûtantes des faces de singes et des hommes de rien, sans valeur, faux, par rapport à ce que sont les hommes paisibles et bons et sages, les hommes véritables. Les paisibles et bons prendront pour le bien ce qu'on leur fait délibérément pour bien, et les figures des pantins de bois, que gouverne l'envie et conduit la déraison, les singes, les bossus, les pantins de bois, les ânes et les baudets, les chèvres, les hommes faux, cette maudite engeance, créés par nécromancie, calomnieront tout, diront du mal de tout, car de leur méchante bouche ne peut sortir qu'une méchante parole. Et rien d'autre ! Je suis à votre service, prêtez votre attention à la comédie !

 

                                                                                                                                                                        Traduit par Nicolas Raljević