Extrait de la préface d'Antonija Bogner-Šaban

 

L'introduction du thème amoureux (de la spiritualité à la sensualité) et de la jalousie dans le triangle Jésus/Marie-Madeleine/Judas est le discours thématique qui englobe la majeure partie de l'œuvre dramatique de Strozzi. L'instinct d'acteur-né l'amène à interpréter l'avocat Lav, le détenteur du stigmate de l'Homme nouveau dans Le Péché originel, et après la mise en scène du drame Zrinjski en 1925, il reprend la mise en scène de son propre texte, du drame Ecce homo !, la même année. Dans Ecce homo !, il porte le rôle principal de Judas l'iscariote, l'incarnation littéraire de son Nouvel homme qui par son cri d'agonie « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?! », accepte la culpabilité et simultanément reconnaît la puissance divine de Jésus. La préfiguration expressionniste de la verticale mythique est renforcée par l'enthousiasme de la masse (transposition du chœur grec) qui après l'exclamation de Marie-Madeleine « Voici l'homme » s'incline brutalement à cette lumière (les rayons de soleil sur le Golgotha) de nouvelles espérances (éthiques). Les modestes indications des didascalies concernant le développement de l'action dans le drame Ecce homo ! offrent à son décorateur Vasiliji Uljaniščev une conception abstraite de l'espace scénique, une domination des symboles fondamentaux (la croix) et des surfaces et des formes pures (les rideaux, les escaliers). Un tel marquage plastique qui est caractéristique de la réduction expressionniste scénique du cheminement de l'action (E. Piscator), et plus encore le traitement du thème dramatique, ont suscité principalement une désapprobation critique. Ljubimir Maraković affirme que la mise en scène de Strozzi est « prétentieuse », raille « des escalades sur des escaliers insensés », et lui reproche aussi qu'en tant qu'écrivain il ait cédé la place au metteur en scène et à l'acteur au nom des trucages théâtraux, des effets théâtraux scéniques », plutôt qu'à l'action « dramatique » interne. Se pose aussi la question du complexe des motivations du drame Ecce homo ! : pourquoi le héros de Strozzi n'est pas Jésus mais Judas, et attire l'attention aussi sur la déficience et la monotonie du tempo de l'action. L'essence même de la conception littéraire et scénique de Strozzi apporte plus tard une conclusion littéraire et théâtrologique qui estime que le texte et le spectacle sont davantage coexistants si Strozzi est demeuré « conséquent en maintenant la figure du Christ en dehors de l'espace scénique et en contenant les conséquences de son activité dans les répliques et les actions des autres personnages ». (B. Senker, 2000, p.300). Dans ce cas, il aurait réalisé scéniquement la procession de la Croix en dehors de l'espace scénique et se serait abstenu de l'apparition « physique », muette du Christ en route pour le Golgotha, et éventuellement pour la suggérer il aurait pu adopter les avantages du théâtre d'ombres ou du film muet. Malgré certaines dissonances textuelles, amplifiées par l'effet de scène, le drame Ecce homo ! est le paradigme de l'appartenance créatrice de Strozzi à l'expressionnisme et elle doit être comptée parmi les œuvres importantes de la littérature dramatique croate et pas seulement pour la période de ce courant artistique.