Extrait de la postface de Constantin Stanislavski :

 

Au centre de tout cela – sur la place – un grand théâtre. Derrière, la bibliothèque municipale et un musée, et un peu plus loin l'université. Immédiatement vous tombe dans l'œil que ces institutions ont été entourées avec une certaine attention et une affection toute particulière. En elles domine un ordre exemplaire et exceptionnel. Les magnifiques collections de livres et d'objets rassemblées avec amour s'exposent aux visiteurs dans un saint frisson et de l'orgueil. Mais au milieu de toute la vie se tient le culte au théâtre. Il relie tout : et l'opéra et les pièces et les ballets. Un corpus nombreux de chanteurs, de choristes, l'orchestre pour l'opéra, la grande troupe dramatique et le jeune ballet, à peine né, sous la direction de nos connaissances moscovites, la sœur et le frère Froman. Ici, dans l'atmosphère de ce superbe théâtre, a été créé ce en quoi nous autres ne pouvons pas même rêver : la complète synthèse de tous les arts. Aujourd'hui – un comédien de théâtre, se présente demain comme chanteur dans une partie de caractère (l'acrobate dans La fiancée vendue, le docteur Bartolo dans le Barbier de Séville). Après-demain – mimique dans un ballet, il interprète l'un des rôles principaux. C'est la même chose avec les choristes. Aujourd'hui, ils chantent dans un opéra, le lendemain ils dansent dans un ballet, et participent après-demain à des scènes de foule. Les Croates sont doués pour la scène. Ils sont agiles, vivaces comme les Italiens, francs comme les Slaves. Ils ont appris la culture scénique des Viennois qui sont réputés pour leur sens artistique. Tous ensemble, ils constituent un théâtre extraordinaire et intéressant. J'ai réussi à voir seulement quelques représentations qui dévoilent de magnifiques comédiens, dans tous les domaines, de merveilleux dirigeants et orchestres de première classe, et un très sympathique ballet.

Dès le premier jour de notre arrivée, nous avons vu une pièce révolutionnaire sous la direction du talentueux metteur en scène Gavella. Le morceau n'est pas passionnant, il serait mieux pour un film, la scénarisation n'est pas assez riche, mais les résultats sont intéressants.