Extrait de la postface de Branko Hećimović :

 

L'identification de Begović avec le théâtre se mesure aussi dans son activité comme librettiste et traducteur de textes dramatiques. Mais tant sa contribution comme auteur librettiste dans la création de l'opéra de Jakov Gotovac Ero le Jocker (1935) est en soi évidente, l'importance de nombreuses traductions d'œuvres dramatiques, grâce auxquelles Begović a contribué indirectement au façonnement du dialogue dans la littérature dramatique croate, et aussi la culture orale sur la scène zagréboise, n'est toujours pas encore suffisamment prise en compte, tout comme n'est pas non plus pris en compte combien cette activité de traduction lui a été une école de dramaturgie. Du fait qu'il ait des années durant traduit des œuvres et que de l'allemand, le français et l'italien qu'il maîtrisait bien, il ait traduit toute une série de textes dramatiques, entre autres les œuvres de Goethe, Schiller, Kleist, Grillparzer, Hofmannsthal, Zweig, Wedekind et Schönherr, et aussi de Maeterlinck, tout comme Goldoni, D'Annunzio, Pirandello et Chiarelli, il est légitime de supposer qu'avec ce travail de traduction, il a acquis aussi une expérience solide et est parvenu à un savoir précieux. Si on ajoute à cela que Begović, qui était attaché à la littérature romaine et en avait une culture générale très étendue, a beaucoup voyagé dans les pays d'Europe et, alors qu'il avait déjà percé sur les scènes étrangères, venait souvent aux premières des représentations de ses propres textes dramatiques, se confrontant ainsi lui-même comme écrivain dans les milieux étrangers, alors sont soulignées les circonstances les plus importantes et les influences décisives pour le développement et les dispositions de son activité dramaturgique. Bien que Begović jouisse d'une renommée de droit comme l'un des plus importants noms parmi les dramaturges dans la littérature croate, ses tentatives dramatiques de la jeunesse sont totalement tombées dans l'oubli.

        Dans la période qui suit, et qui comprend les voyages de Begović à travers l'Europe, tout comme son activité dramatique et celle de metteur en scène à Hambourg et Vienne, de même que les années de guerre et les premières années d'après-guerre, Begović continue d'exploiter la thématique érotique, exaltant toujours dans la plupart des œuvres l'amour et le plaisir charnels. Dans certaines de ses œuvres, il s'approche ouvertement même de la lascivité. Il est enclin aussi à l'humour et l'ironie, ayant toujours pour but de plaire, tant par les contenus que par les effets scéniques supposés. Ce sont des années, en outre, au cours desquelles il écrit surtout des textes dramatiques courts, mais déjà graduellement passe à la création de productions dramatiques complexes et plus longues, auxquelles il va se destiner complètement dans sa période de maturité créatrice.

        Dans cette longue période, les œuvres suivantes peuvent se compter parmi les créations dramatiques de Begović : Menuet, Venus victrix, Un doux danger, Madame Walewska, Madame la fortune ou le cœur blessé de Pierrot, Stana Biučić, La nièce de l'évêque, La bardane, Face à l'épreuve de la maturité, Service facile et La route fleurie.