PROLOGUE
        


LE SATYRE : C'est une bonne chose que toujours les nymphes fuient les satyres ! Et ce n'est pas surprenant : les gentils et les barbares n'ont rien à faire ensemble. Mais qui suis-je donc à présent ? Suis-je vraiment Stijepo ? Est-ce notre maison que voilà ? Par Dieu, mon papa, si tu dois offrir un dîner à une telle compagnie, prépare pour ta dame une caisse pleine de confiseries. Vous êtes les bienvenus ! Je suis Stijepo et je suis aussi un satyre : en tant que Stijepo, je n'appartiens pas aux invités; - en tant que satyre, je vous raconterai cette comédie. Mesdames, la nymphe s'apprêtait à venir avec des vers, toute galante, pour annoncer ce soir le prologue d'une certaine petite pièce qui devait se déclamer ici, mais il semble que certaines femmes auraient dit : « Des mascarades sont à présent organisées, il semble qu'on y parle comme sur la Placa. Où sont les nymphes de la montagne ? Où sont les satyres des monts verdoyants ? Où sont les couronnes, les roses, les cours d'eau et Cupidon avec son arc et ses flèches ? »
     Comme vous le savez, les Niarniasses font la fête ce soir. Oh, vous avez souri quand j'ai mentionné les Niarniasses. En vérité, c'est un mot fantastique que Niarniasse : quand notre chienne entend ce nom, elle s'enfuit comme devant un coup de trique ! Mais le nom de Niarniasse a en lui un pouvoir : « niar » signifie « le siège, le trône, la richesse, » « nasse » - « à nous, à rebours ». Poussez-vous sur les côtés, toutes les autres compagnies ! Les Niarniasses sont la première entre toutes ; c'est au tour des Niarniasses de faire ce soir le spectacle. Ils ont voulu aussi une nymphe comme je l'ai dit qu'ils auraient disposée près de l'eau froide et qui gazouillerait sur les fleurs le matin avant l'aube – afin qu'elle récite le prologue ; mais ils ne se sont pas accordés : une belle-mère les dérange dans cette comédie. Ah, ces belles-mères ! Si ces jeunes épouses pouvaient ne pas avoir de belles-mères, cela leur ferait le plus grand bien ! Les belles-mères, les belles-mères ! Elles grondent toujours, réprimandent toujours, maudissent toujours, s'agitent toujours ! Et les pauvres belles-filles n'ont même pas le droit de se plaindre, elles s'y sont habituées. Mais quand elles les importunent vraiment, accourent les mains sous les aisselles, elles se taisent, leur font la figue ou les cornes. Plus elles les maudissent, plus celles-ci leur font la figue et les cornes ! « Et ça pour toi, et ça pour toi », disent-elles. Dans cette comédie, il y a une belle-mère fastidieuse. À cause d'elle, les Niarniasses, comme je l'ai dit, n'ont pas voulu jouer : cette belle-mère dit du mal des jeunes dames et ils ne veulent pas la guerre avec de telles personnes. Ils ont engagé quelques jeunes n'ayant jamais joué nulle part auparavant, qui, pour vous dire un secret que je leur ai arraché, déclameront délibérément mal ; ils ne mangent que lorsque l'un d'eux se marie.
      Mais vous vous demandez de quoi la comédie aura l'air ? Elle est plus vieille que mon grand-père et mon arrière-grand-père, elle est plus vieille qu'une ancienne boucherie où les enfants se baignent à présent, elle est plus vieille que le pain dur, elle est entièrement chapardée à une certaine œuvre plus vieille que vieille – un ouvrage de Plaute ; les enfants l'étudient à l'école. Un certain vieillard a découvert un trésor dans une marmite et l'a caché dans quelque encoignure sous son foyer, - et tait qu'il l'ait trouvé. Il a une fille unique ; il préfère encore ne pas marier sa fille plutôt que lui donner pour dot quelque chose de son trésor. Ce qui va advenir de lui et de son trésor, la comédie vous l'expliquera.
      Or, ne vous l'ai-je pas dit : quand la nymphe a aperçu un satyre, comme moi, elle s'est enfuie, et ne s'est toujours pas arrêtée. Les Niarniasses voulaient qu'elle dise au moins deux vers, et moi aussi je le voulais, mais comme les Niarniasses ne veulent pas jouer, et comme elle a remarqué le satyre, ils ont tous soudain disparu. Mesdames, moi, en tant que Stijepo, je vous le dis : passez cette soirée sans nymphes ; l'année prochaine, au mardi gras, je vous interpréterai une comédie avec des nymphes. Et à vous, patriciens, je dis, en tant que satyre des monts verdoyants, être sauvage : voilà ! Si quelque chose n'est pas de votre goût ce soir, chacun ne donne que ce qu'il a. Or qui donne tout, donne beaucoup, qui donne son cœur, se donne tout entier. Que votre raffinement compense notre grossièreté, que votre générosité accueille notre bonne volonté. Et pour qui voudrait savoir ce que moi, un satyre, dirais dans cette comédie, c'est moi qui ai révélé un trésor au vieillard dans la montagne de pierre ; et qui veut savoir quelle est cette ville que l'on voit ici, cela est Niarniasse-ville, les Niarniasses l'ont bâtie, les Niarniasses la gouvernent, les Niarniasses lui ont même donné des lois. On se rend dans cette ville dissimulé sous un manteau à capuche, une cape ; toutes les libertés sont permises dans cette ville. - Rien de moins ! Si la comédie n'est pas bonne, rendez-la meilleure par votre générosité et écoutez-la d'un cœur bienveillant.