
Titre 1
Nicolas Raljevic
Août 2026
LES NOUVEAUX GLEMBAY
Tragédie moderne en trois actes
PERSONNAGES :
Ignace Glembay : Fondateur et patron de Glembay-Solutions. Homme d'affaires vieillissant et autoritaire, il est le concepteur d'une infrastructure intransigeante. Il perçoit ses employés comme de simples variables de flux et nie toute responsabilité humaine face aux turbulences de son empire.
Charlotte : Directrice au sein de Glembay-Solutions et bras droit d'Ignace. Elle se distingue par une élégance rigide et un tempérament froid. Calculatrice, elle gère la communication de crise avec une dureté sans faille et méprise toute forme d'émotion ou de remords, qu'elle considère comme des faiblesses.
Silvio : Directeur technique de l'entreprise, usé par la pression, il est l'ingénieur en chef inquiet. Contrairement à sa direction, il est lucide sur la « terreur sourde » qui règne en interne et sur la fragilité du système de surveillance et d'optimisation qu'il a lui-même conçu.
Leone : Fils d'Ignace Glembay, artiste peintre vivant à Berlin. Personnalité hypersensible et tourmentée (« überspannt » dit-on de lui), il entretient un rapport conflictuel avec son père. Marqué par la disparition de sa mère, liée autrefois à l’histoire de l’entreprise, il porte sur l’univers paternel un regard critique et dénonciateur.
Béatrix : Responsable de la conformité (la « compliance ») chez Glembay-Solutions. Garante déontologique de la holding, elle occupe une position charnière entre les exigences de la direction et les impératifs moraux. Elle vit dans l'ombre d'un silence qui la rend, pour l'heure, complice de la stratégie de l'entreprise.
PROLOGUE
Noir absolu.
Un télétexte défile dans le noir : « Bonjour Silvio... le système refuse encore mon badge. Je suppose que c'est un bug... tu regarderas quand tu auras le temps ? Merci. Fanika »
Puis disparaît.
On entend seulement le léger bourdonnement d'une ventilation, puis un souffle électronique presque imperceptible. Un temps. Une sonnerie de téléphone dans le noir.
LEONE (après un léger délai) : Allô ?
BÉATRIX : Leone ?
LEONE (un sourire s'entend dans sa voix) : Béatrix...
(Silence).
LEONE : Il est tard.
BÉATRIX : Je sais.
LEONE : Je suis content que tu m'appelles.
(Elle ne répond pas).
LEONE : Tu ne vas pas bien.
BÉATRIX : Non.
(Silence).
LEONE : C'est lui ?
BÉATRIX : Ce serait plus simple si ce n'était que lui.
(Un souffle).
LEONE : Que se passe-t-il ?
BÉATRIX : Je ne peux pas l'expliquer.
(Très bas).
BÉATRIX : Il faut que tu viennes.
(Silence).
LEONE : À Paris ?
BÉATRIX : Oui.
LEONE : Chez mon père...
(Long silence).
LEONE : Tu sais que je ne peux pas.
BÉATRIX : Je sais.
(Un souffle).
LEONE : Alors pourquoi me le demander ?
(Silence).
BÉATRIX : Parce que je n'arrive plus à distinguer ce que nous décidons... de ce qui décide à notre place.
(Le léger bourdonnement semble devenir plus présent).
LEONE : Béatrix...
BÉATRIX : J'ai cru longtemps que nous dirigions cette entreprise.
(Très doucement).
BÉATRIX : Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'elle nous regarde.
(Silence).
LEONE : Tu me fais peur.
BÉATRIX : Moi aussi.
(Très long silence).
LEONE : Est-ce que tu as besoin de moi ?
(Presque un murmure).
BÉATRIX : Oui.
(Silence).
LEONE : Alors je viendrai.
BÉATRIX : Merci.
LEONE : Ce n'est pas pour lui.
(Elle ne répond pas).
LEONE : Tu le sais.
(Très bas).
BÉATRIX : Oui.
Un signal électronique bref.
BÉATRIX : Je dois te laisser.
LEONE : À bientôt.
Le clic de la communication. Silence. Le même signal électronique retentit une seconde fois, un peu plus fort. Le noir demeure encore quelques secondes.
ACTE I
SCÈNE 1
Le rooftop d'un immeuble de la Défense. Paris, nuit. Le vent siffle entre les parois de verre. Ignace est debout, dominant la ville. Charlotte est penchée sur une tablette, le visage éclairé par une lueur blafarde. Silvio, les mains tremblantes, range son matériel.
IGNACE : Ils sont partis. Enfin. Ces soirées me lassent. C'est toujours la même chorégraphie. Ils applaudissent, ils boivent, et avant que le café ne refroidisse, ils s’évaporent.
CHARLOTTE : Ils ont des lignes à tenir, Ignace. Eux aussi se prêtent à ce petit jeu. Les marchés ne dorment pas, et ça, ça les obsède.
IGNACE (désignant les tours) : Regardez autour de nous. La moitié de cette ville est en mode « veille ». Pas nous. Nous sommes le flux. C'est grâce à nous s'ils peuvent dormir tranquilles. (Après un temps). Silvio, je suis content de votre travail. Je ne m'attendais pas à un tel succès.
SILVIO (d'une voix brisée) : Cependant, monsieur Glembay, il faut que je vous parle : les équipes du douzième sont à bout. L'algorithme a bloqué aujourd'hui les badges de seize personnes. Le système a calculé qu'elles étaient passées sous le seuil de rentabilité à cause du stress. C'est automatique... On a dépassé le seuil de tolérance. J'avais prévenu que ça pouvait arriver...
IGNACE (avec lassitude) : Allons, Silvio, un ingénieur n'est jamais à bout de ses peines. C'est une fatigue passagère. Et si le système écarte les maillons faibles avant qu'ils ne fassent couler l'entreprise, tant mieux. C'est une phase de recalibrage.
SILVIO : Non... je ne crois pas que ce soit juste une réévaluation. C'est plutôt... un silence. Depuis la semaine dernière, je n'ai plus de retours. Plus d'erreurs, juste... un vide. Je voulais vous montrer...
IGNACE (se retournant lentement, avec autorité) : Quoi ? Tu as peur de ta création ? Ressaisis-toi, Silvio. Un bâtisseur n'a pas le droit de regarder en arrière.
SILVIO : Je ne dors plus... Le code est devenu organique, imprévisible. Il se passe quelque chose qui m'échappe...
(Soudain, un écran émet un signal strident. Message d'alerte. Tous trois se figent. La notification s'efface d'elle-même. Silence glacial.)
CHARLOTTE (après un temps, inquiète) : Ce n'est pas le premier signal.
IGNACE : Qu'est-ce que tu veux dire ?
CHARLOTTE : Béatrix a demandé une réunion du comité d'éthique. Le comité refuse de signer.
IGNACE : Qui ?
CHARLOTTE : Béatrix.
IGNACE (agacé) : C'est absurde. Les indicateurs baissent, les gens souffrent quand ils baissent. Il faut prendre des décisions. Je les ai prises.
SILVIO : Mais, monsieur Glembay... les chiffres du douzième ne tiennent plus ! Plusieurs employés sont venus me dire que...
IGNACE : Alors, changez les gens ! C'est aussi pour ça que je vous paye. (Il coupe court). C’était quoi ce signal ?
CHARLOTTE : Silvio ?
SILVIO : Vraisemblablement une resynchronisation... Ou une tentative d'effacement.
IGNACE : Et alors ? Va vérifier. Et disparais de ma vue, tu es trop nerveux pour moi.
SCÈNE 2
Silvio sort. Leone entre. Il semble errer, étranger à cette architecture de verre.
IGNACE : Tiens, un revenant.
LEONE : Bonsoir. Oui, et ce n'était peut-être pas une si bonne idée. Il fait bien froid dans ton empire, mon cher père. Même derrière des parois de verre, une cage reste une cage.
CHARLOTTE : Eh bien, Leone, Berlin t’a donc rendu mélancolique ? Tu as l’air d’un spectre qui cherche la sortie.
LEONE : Tu ne crois pas si bien dire. J'étouffe entre ces tours. Mais c'est encore plus sain que de respirer votre air conditionné. J'ai croisé une ambulance au pied de la tour. Un accident ?
IGNACE (surpris) : Qui t'a prévenu ?
LEONE : Quelqu'un qui travaille encore ici.
IGNACE (avec reproche) : Encore...
CHARLOTTE (sans lever les yeux) : Un incident contractuel. Une employée qui a craqué. Ce sont des choses qui arrivent.
LEONE : C'est curieux. Que certains mots disparaissent toujours avant les personnes. Béatrix disait déjà ça.
CHARLOTTE : Tu as vu Béatrix ?
LEONE : Oui, avant de venir... Cette employée : elle est morte, n'est-ce pas ?
CHARLOTTE : Tu le sais déjà si tu demandes.
IGNACE (sec) : Une enquête est ouverte. Nous coopérons.
LEONE : Mon cher père, comme ton langage est devenu binaire. « Coopérer »... C'est glacial. Elle avait pourtant un nom. Fanika, je crois. Une personne disparaît, tu cherches immédiatement le rapport où elle deviendra un chiffre.
IGNACE (d'une ironie tranchante) : Parce qu'il faudrait que je connaisse les noms de mes employés ? C’est là ton erreur, Leone. Les chiffres, eux seuls sont réels. Et ils épargnent beaucoup de problèmes.
LEONE : Fanika, aussi, était réelle. Mais ces chiffres fournissent de belles courbes, n'est-ce pas ? Car pour toi, les morts sont toujours des pertes statistiques. Te souviens-tu...
IGNACE (coupant la parole) : Suffit ! Reste à ta place. Qu'est-ce qu'un artiste raté pourrait bien comprendre aux affaires de la famille Glembay ?
CHARLOTTE (lisant sa tablette) : Ils connaissent Fanika.
IGNACE : Où ont-ils trouvé ce nom ?
SCÈNE 3
Le silence devient pesant. Le téléphone d'Ignace vibre. Puis celui de Charlotte.
IGNACE (décrochant) : Oui ?... Comment ?... Bon... Demain... (Il raccroche. Le téléphone de Charlotte s'emballe. Elle pâlit).
CHARLOTTE (voix blanche) : Communication de crise... Un dossier circule. Des rédactions, des ONG... ils ont tout...
IGNACE : Des faux. Des montages.
LEONE (souriant) : L'empire serait-il attaqué, Père ?
(Vibration longue et simultanée sur leurs écrans. Charlotte lit, sa tablette faiblit dans ses mains).
CHARLOTTE : « La preuve par le code ». Ils publient les évaluations du douzième étage. Tout y est.
IGNACE : Ce n'est pas possible. Comment ont-ils pu les obtenir ?
CHARLOTTE : Assurément, ça ne peut venir que de chez nous.
IGNACE (portant soudain la main à sa poitrine, une grimace de douleur vite effacée) : Ce n'est rien. Une erreur de synchronisation.
LEONE (observant son père) : Tu trembles, Père. C'est la première fois que je te vois faillir. On dirait que ce sont les écrans qui te regardent.
IGNACE : Tais-toi. Ce n'est pas le moment...
LEONE : J'aurais cru me réjouir de te voir flancher... Et pourtant, à présent... je trouve ça répugnant.
CHARLOTTE : Ignace, que faisons-nous ?... Réponds !
LEONE : Je vous soulage de ma présence. Je pense que la machine pourrait encore avoir des choses à vous dire.
(Leone sort. Ignace reste seul face aux écrans qui rougissent. Noir).
ACTE II
SCÈNE 1
Le rooftop. Milieu de la nuit. Les écrans diffusent des flux de données brutes et incohérentes. Ignace est seul sous une lumière d'urgence. Béatrix entre.
IGNACE (après un long regard) : Tu as quelque chose à me dire.
BÉATRIX : Oui. Le comité ne signera pas.
IGNACE : Toi non plus ?
(Béatrix ne répond pas).
IGNACE : Après toutes ces années ?
BÉATRIX : Justement. Je ne peux plus faire semblant.
IGNACE : De ne pas savoir ? Tu étais là. Tu as signé. Ne me regarde pas comme si j'étais seul.
BÉATRIX (baisant les yeux) : C'est moi que je regarde.
(Un signal retentit).
IGNACE : Encore un problème ?
BÉATRIX : Je ne sais pas. Mais je crois qu'il est trop tard pour demander.
(Elle sort).
SCÈNE 2
Charlotte entre, suivie bientôt par Silvio, puis Leone.
CHARLOTTE : Ils ont le dossier. La presse demande des coupables. Et Béatrix a gelé certains accès !
IGNACE : Comment ? Elle n'avait aucune autorité...
IGNACE (voix calme) : Nous leur donnerons une restructuration. Cela devrait les contenter.
CHARLOTTE : Une restructuration ? Ils parlent de Fanika, Ignace ! Ce n'était pas un accident, mais une variable calculée. Silvio avait raison.
IGNACE (sa main tremble, il la plaque contre son verre) : Une décision nécessaire pour la survie du groupe. Il a bien fallu que j'arrête d'y penser...
CHARLOTTE : De quoi tu parles ? La survie du groupe, ou ton confort ? Nous sommes piégés, Ignace. Jusqu'au cou.
(Silvio entre, hagard).
SILVIO : C’est terminé. Le système de protection verrouille tous les accès, il se défend contre nous... J'ai cru que je construisais un outil... Ce n'est plus mon code ! Il applique seulement la règle.
LEONE (s'avançant) : Et maintenant que l'outil se retourne contre vous, tu découvres que tu as les mains sales, Silvio. La machine n’est pas défectueuse, c'est toi qui l'as élevée.
IGNACE : Comment te permets-tu, Leone ! Tu profites du confort de ton art grâce à l'argent de cette même « terreur ».
LEONE : C'est vrai, Père, tu as raison. J'ai fui, mais j'ai pour autant accepté l'héritage. J'ai payé mes toiles avec ton argent. (Il se retourne avec un sanglot douloureux de honte dans la voix). Je suis d'abord ce que tu as fait de moi. Et c'est cette part de toi en moi que je voudrais arracher... Et ça, ça ne s'efface pas.
IGNACE (méprisant) : Wie deine Mutter : immer überspannt.
SCÈNE 3
L'alerte rouge devient stridente. Un message défile : « Quelqu'un peut-il m'expliquer ce qu'il se passe ? »
CHARLOTTE : Fanika est en ligne. Ils publient ses derniers échanges.
LEONE : Elle n'était pas une anomalie. N'était-elle pas le miroir ?
IGNACE (chancelant) : Je voulais seulement donner ma part au monde.
LEONE : Ne mens pas. Tu as fondé une entreprise qui licencie seule, et une maison ailleurs où personne ne t'attendait. Je me souviens de ton téléphone, toujours avant nous. J'ai fini par comprendre que nous dérangions. J'ai voulu que tu me voies. Une fois.
IGNACE (tentant de taire son émotion) : Je te trouve déplacé...
LEONE : Regarde. Tu n'as laissé personne. Seulement une machine qui n'a déjà plus besoin de toi.
IGNACE (tapant violemment sur le clavier) : C'est faux... Le... ce n'est plus moi ?
SILVIO : Monsieur Glembay, c'est inutile ! Le système vous a verrouillé ! Il ne vous reconnaît plus !
LEONE : Tu pensais être indispensable, tu réalises que tu n'étais que provisoire.
(Après un spasme violent, Ignace se serre la poitrine, pousse un râle et s'effondre dans son fauteuil. Son téléphone vibre, puis s'éteint).
CHARLOTTE (sans expression) : Il est en déconnexion totale. (Puis, avec autorité) : Silvio, tu prends le relais. Redémarre-la... Tu vois ? Même maintenant, c'est encore ce que je demande.
(Noir total).
ACTE III
SCÈNE 1
L'aube sur La Défense. Le bureau est une carcasse. Le manteau d’Ignace repose sur le canapé.
SILVIO : Ils arrivent. La police, les journalistes... Qu'est-ce qu'on va dire ?
CHARLOTTE : Ils ne trouveront qu'une machine qui tourne à vide. Ignace n’est plus là pour leur offrir une tête. C'est de nous que nous devons nous occuper.
SILVIO (désignant le manteau) : Il est parti sans son manteau. Trente ans... Et il oublie son manteau. On a sacrifié nos vies. Et tout ce qui reste de lui, c’est ça... Qu'est-ce qu'on fait ?
CHARLOTTE : Assez ! Tu as bâti les murs de cette prison tout comme moi. Tu veux te découvrir une conscience ? Je ne me laisserai pas rendre à la rue.
SCÈNE 2
Béatrix apparaît, l'air détaché.
BÉATRIX : C'est inutile. J'ai envoyé le dossier au procureur il y a dix minutes.
CHARLOTTE : Tu as détruit le nom Glembay ! Tu réalises qu'ainsi tu nous condamnes tous ?
BÉATRIX : Le nom Glembay était moribond depuis longtemps. Moi, j'ai seulement arrêté de le protéger.
CHARLOTTE : Se présenter en sainte ! Tu as couvert tout ça pendant des années. Ma fille, tu es complice.
BÉATRIX : Cette fois, je n'ai plus trouvé d'excuse.
SILVIO : Mais... qu'est-ce qu'il va rester ?
BÉATRIX : Le néant. Le même vide que nous avons nourri.
SCÈNE 3
Leone entre lentement et fixe le fauteuil vide.
LEONE : Il a laissé son manteau. Je pensais que sa chute ferait trembler le monde. Mais ce n'est qu'un bureau vide.
BÉATRIX : Leone, tu n'aurais pas dû venir.
LEONE : C'est pourtant toi qui m'as appelé pour témoigner.
CHARLOTTE (dure) : Une vengeance ! Ton père est mort seul, emporté par son propre code, et tu nous laisses la honte pour seul héritage.
LEONE (s'approchant du fauteuil) : Une vengeance ? Non. Je voulais juste qu’il me regarde une fois. Qu'il reconnaisse ce qu'il avait fait de moi. Mais il n'est plus là. Il n’a jamais été là.
CHARLOTTE : Et nous.
LEONE (regardant l'espace vide) : Oui... C'est vrai... Nous aussi.
BÉATRIX : Leone, écoute-moi, la console est ouverte. Si tu effaces tout, tu effaces la preuve qu'il a existé et le mal qu'il a fait. C'est toi qui décides.
LEONE : Une touche. Une seule. Et tout disparaît ? (Il s'approche du clavier, hésite, puis sa main s'abat). C'est fini.
(L'écran s'éteint dans un souffle sonore. Un temps).
BÉATRIX : C'est fini.
SILVIO : Seigneur !
CHARLOTTE : Grâce à toi, monsieur Leone Glembay ! Parce que tu t'es cru mieux que lui ?
(Soudain, tous les écrans s'allument d'un coup. Le logo GLEMBAY-SOLUTIONS réapparaît).
SILVIO : Mais... ce n'est pas croyable... La machine redémarre d'elle-même !
BÉATRIX : Non, c'est impossible. Tout est gelé !
LEONE (avec une terreur lucide) : Non... c'est terriblement logique. C'est autre chose.
(Le bourdonnement change de fréquence. Sur les murs et les vitres sont projetées des données analytiques et des évaluations défavorables sur chacun des personnages : productivité, résistance, potentiel de remplacement).
LEONE : C'est encore là. Ce n'était donc pas lui.
CHARLOTTE (dans un murmure) : Quoi alors ?
(Long silence).
LEONE : Le Glembay.
(Le logo Glembay-Solutions irradie la pièce d'une lumière froide et implacable. Les personnages, plongés dans l'ombre, ressemblent à des statues de cire. Le silence est total, seulement brisé par le bourdonnement crescendo et sourd de la machine).
(Noir total)




